Libération de l’Europe : 180 000 ouest-africains à s’être battus, les portraits de dix héros, un devoir de mémoire

screenshot-32ca7a90-6a05-11e6-a0a0-67523404c6d4_readyscr_1024Ils étaient 180 000, venus de toute l’Afrique de l’Ouest entre 1940 et 1945. 180 000 Sénégalais, bien sûr, mais aussi Guinéens, Burkinabés ou encore Gabonais, engagés sur le théâtre des opérations de la Seconde Guerre mondiale. 180 000 à s’être battus pour la libération de l’Europe, contre le nazisme, pour la survie d’une certaine idée de la Liberté.

A travers 10 portraits, 10 parcours de vie représentatifs, nous avons choisi de rendre hommage à l’ensemble de ces combattants anonymes ou célèbres, qui ont décidé de se dresser pour la liberté et la dignité.

Les Tirailleurs sénégalais ont bravé les intempéries et la mort, engageant dans les champs de bataille toutes leurs forces contre le désastre. Voici 10 portraits de combattants afin que les nouvelles générations comme les anciennes puissent honorer le devoir de mémoire.

 » Non, vous n’êtes pas morts gratuits. Vous êtes les témoins de l’Afrique immortelle, vous êtes les témoins du monde nouveau qui sera demain ».  LÉOPOLD SEDAR SENGHOR, Premier président de la République du Sénégal (1960-1980)

« Je suis heureux d’honorer les compagnons d’armes qui ont combattu dans d’atroces conditions et dont l’œuvre impérissable restera à jamais gravée dans notre mémoire collective. C’est un devoir de mémoire, le temps qui passe n’efface pas l’Histoire »              

                              

Le Président de la République, M. Macky Sall

LE SEUL SOLDAT NOIR DU PARIS LIBÉRÉ Claude MADEMBA SY, 1923-2014 – Versailles

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En 1944, la fameuse 2ème Division Blindée (DB) du Général Leclerc pénètre triomphalement dans Paris sous les acclamations de la population. Parmi ses troupes, on ne pouvait apercevoir qu’un seul soldat noir : Claude Mademba Sy.


Fils d’un commandant d’infanterie sénégalais, Sy devient pupille

de la nation à 9 ans. Engagé dans la 2ème DB du Général Leclerc,

c’est avec lui qu’il débarque à Utah Beach en 1944, en tant que membre d’équipage du char d’assaut “Pantagruel”. Il est alors le seul soldat colonial du régiment, les Noirs n’étant pas, selon le règlement militaire, autorisés à manipuler les blindés.


Lors de l’indépendance du Sénégal en 1960, il est mandaté par Léopold Sedar Senghor afin de mettre en place l’armée régulière sénégalaise. À sa mort en 2014, il est considéré comme l’un des derniers doyens des Tirailleurs sénégalais.

 

 LE RESCAPÉ  DE LA GRANDE GUERRE Abdoulaye N’DIAYE  Mamadou, 1894-1998 – Thiowo

 

L’engagement d’Abdoulaye N’Diaye lors de la Première Guerre mondiale est d’autant plus capital qu’il a été le dernier des Tirailleurs rescapés de la “Grande Guerre”.

 

Lutteur, il se porte volontaire à la place des aînés de sa famille. Abdoulaye N’Diaye ne s’attendait alors pas à arpenter l’Europe sur de nombreux fronts. Son odyssée le mène pourtant en Belgique où il est blessé une première fois, puis à affronter les troupes Ottomanes lors de la campagne des Dardanelles. De retour en France, il est mobilisé dans l’enfer des tranchées de la Somme.
Blessé d’une balle dans la tête, il se dissimule parmi les morts sur le champ de bataille pour ne pas être repéré par l’ennemi. Il termine son service avec la fin du conflit en 1918.

 

C’est dans son village de Thiowor, au nord de Dakar, qu’il trouve la paix, à l’âge canonique de 104 ans. Décoré à titre posthume de la légion d’honneur, le vieil homme reste le symbole de toute une génération mobilisée sur les conflits mondiaux.

 

LE CAPITAINE AUX 2 GUERRES MONDIALES Charles N’TCHORERÉ, 1896-1940 – Libreville

Rares sont les Tirailleurs sénégalais à avoir participé aux deux Guerres mondiales. Charles N’Tchoreré fait partie de ceux-là.

Né à Libreville au Gabon, il s’engage dès 1915 au sein des Tirailleurs sénégalais présents lors de la Première Guerre mondiale. II est promu sergent en 1919, puis sort premier de sa promotion à l’école d’officier. De la Syrie au Soudan, il est ensuite engagé sur de multiples fronts. Affecté en territoire sénégalais, il y reste célèbre pour avoir été le premier Africain à commander l’école des enfants de troupes de Saint-Louis.


En 1939, il est de nouveau appelé sous les drapeaux afin 
de combattre le fascisme. A la tête du 5ème bataillon du 53e régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais, il a pour ordre de faire barrage à l’avancée allemande dans la Somme.

Exemplaires, les Tirailleurs parviennent à repousser les assauts répétés des nazis, mais sont finalement capturés. Le 7 juin 1940, le capitaine Charles N’Tchoreré tombe sous les sommaires exécutions nazies alors qu’il demandait à être traité conformément à son rang, comme prévu par la Convention de Genève. 

 

 
 
 
 
 
 
 

LE PROFESSEUR DE L’ÎLE DE GORÉE Assane SECK,1919-2012 – Inor (Casamance)

L’histoire d’Assane Seck est celle d’un modeste professeur devenu soldat par refus de la défaite face au nazisme.


Né à Inor en Casamance, il est boursier et devient rapidement un des meilleurs élèves de son école d’Adéane. Ces résultats lui valent par la suite d’intégrer la prestigieuse école normale William-Ponty, située sur l’île de Gorée, dont il sort major de promotion.


Mais à l’heure où la France du Maréchal Pétain capitule face au nazisme, il répond à l’appel du 18 juin du Général de Gaulle, avec les autres élèves de son école. Lors de la mobilisation générale des troupes de l’Afrique Occidentale Française (AOF), Assane Seck se retrouve engagé au sein du 7ème Régiment de Tirailleurs sénégalais en 1941. En 1943, il est promu caporal et prend notamment part au débarquement de Provence de 1944.


Après la victoire, il reprendra sa vie studieuse, poursuivant ses études à la Sorbonne.


 

 

 
 
 
 
 
 
 

LE PÈRE DE LA NATION  Léopold SEDAR SENGHOR , 1906-2001 – Joal

 

Lorsqu’on évoque Léopold Sedar Senghor, on pense souvent à l’exceptionnel Homme d’Etat et au poète de génie. Mais on oublie souvent qu’il fut aussi un soldat engagé et ingénieux.


En 1939, le jeune professeur n’hésite pas à s’enrôler comme fantassin dans le 31ème régiment d’infanterie coloniale.

Il est cependant capturé par les Allemands qui l’internent dans le terrible frontstalag 230 de Poitiers, camp destiné aux prisonniers coloniaux. Alors que l’ordre avait été donné de le fusiller avec ses camarades, Sedar Senghor s’écrie “vive la France, vive l’Afrique noire”, formule qui lui sauve la vie en provoquant un cas de conscience chez les soldats censés l’exécuter.


Après deux années de captivité, il est relâché en 1942 et contribue à la libération de ses camarades. Il use intelligemment de l’hygiénisme exacerbé des Allemands en simulant une maladie tropicale qui les incite à relâcher les prisonniers. 
Avec le poème “Aux Tirailleurs Sénégalais morts pour la France”, Léopold Sedar Senghor a également contribué à la mémoire des combattants sénégalais.

 


 

 

 
 
 
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