Appel de détresse à l’endroit des Sénégalais de l’extérieur

Appel (de détresse) à l’endroit des Sénégalais de l’extérieur (et de l’intérieur) ! A la veille de l’anniversaire du renoncement historique du Président de la République à une promesse faite la main sur la poitrine ! D’importantes élections pour la démocratie sénégalaise approchent. Par une volte-face sur sa promesse électorale d’effectuer un mandat de 5 ans, le Président de la République a rendu possible l’hypothèse d’une cohabitation avec une autre force politique. Y-a-t-il une nécessité à ce que le Parlement s’oppose à tous les projets de l’Exécutif ? La réponse est certainement non.

Dans la situation actuelle, un parlement qui n’est pas d’avance acquis à la cause de l’exécutif reste toutefois une garantie appréciable contre la mal gouvernance. Les récents scandales sur la gestion de nos ressources naturelles devraient à ce titre nous servir de leçon. L’officielle entrée en lice du « Sénégal de l’extérieur » Le Sénégal de l’extérieur, conçu comme une région constituée de 8 départements, sera désormais représenté à l’Assemblée nationale par 15 députés. Parler de représentation du « Sénégal de l’extérieur » est bien entendu une légèreté de langage même si est acquise l’idée que l’élection par circonscription établit, ou plutôt est censée établir, un lien entre l’électorat et ses représentants. Le principe de la souveraineté nationale veut que les députés représentent la nation dans son entier et non simplement l’électorat des circonscriptions correspondant à une portion du territoire. Mais pareil principe n’exemptait tout de même pas le gouvernement de proposer un nombre de députés à la proportion de la population extérieure.

A cet égard, le consensus obtenu avec l’opposition sur 10 députés apparaissait moins éloigné du « maximum raisonnable ». Le gouvernement, seul, a décidé qu’il y en aura 15 ! Malgré le constat général que nos institutions sont parfois superflues, souvent pléthoriques, surtout budgétivores et leur utilité à peine ressentie par l’individu ordinaire. Soit ! Nous voilà obligés d’élire 15 députés ! Les non-dits de la représentation des Sénégalais de l’extérieur Cette représentation de la 15e région du Sénégal sera-t-elle la garantie que les droits et intérêts de ses résidents seront mieux pris en considération ? L’honnêteté institutionnelle voudrait que ce soit le cas. Le politicien stratège, lui, bien qu’étant le promoteur de cette réforme, n’a toujours pas croisé le regard du Sénégalais ordinaire pour qu’on le croit préoccupé par le sort de ce dernier.

En dehors des périodes électorales, il en a été ainsi presque toujours au Sénégal, alors que l’actuel régime porte cette situation à son paroxysme. Tout semble indiquer que le pouvoir exécutif, par crainte d’un défaut de majorité à l’Assemblée ou des aléas d’une faible majorité, compte sur les élus de l’extérieur pour gouverner jusqu’en 2019. On se rabat alors sur une 15e région pour résorber l’éventuelle sanction des Sénégalais de l’intérieur. Nul doute qu’une fois élus, ces députés se lanceront aussitôt à la préparation du terrain pour la présidentielle, donc pour la réélection de l’actuel chef de l’Etat.

Le Sénégal de l’extérieur se retrouve en proie à la mobilisation politicienne. Néanmoins, il va sans dire que cette entreprise repose sur une supposition de « l’entrepreneur » selon laquelle les Sénégalais de l’extérieur sont acquis à sa cause. Ou, dans le pire des cas, qu’ils pourraient la rallier sans grandes difficultés. Nous ne doutons cependant pas que « l’entrepreneur » se trompe ! Seulement, encore faut-il que les Sénégalais de l’extérieur puissent être en état de l’exprimer par la seule voie efficace. Le stratège biaise l’instrument qui lui a permis d’être élu Si tous les Sénégalais aptes au vote sont mis dans les conditions convenables d’y procéder, il y a fort à parier que le résultat révèlera qu’ils ne sont guère enthousiasmés par l’actuel régime. L’autre arme dudit régime sera donc la stratégie électorale, non la légitime mais la frauduleuse. Cette stratégie se dédouble. Par des obstacles au processus d’inscription au fichier électoral, elle sape la détermination de l’électeur ordinaire. Par la rétention de l’information électorale, elle laisse l’éligible, le candidat potentiel, tâtonner dans le brouillard.

L’extérieur ne fait pas exception aux difficultés relevées au niveau national quant au déroulement des inscriptions. Sa particularité est que la simple publicité tardive des dates de passage des commissions chargées des inscriptions constitue un obstacle majeur dans des pays où la densité de l’activité professionnelle oblige l’individu, qu’il soit salarié(e) ou étudiant (e), de profession libérale ou entrepreneur, à s’organiser très en amont. Pire que cela, les informations sur les inscriptions sont très faiblement mises à la disposition du public et l’organisation du processus réfractaire à toute logique objective d’administration. Malgré tout, nous invitons le citoyen lambda à se donner les moyens d’arracher sa carte d’électeur ! L’autre injustice réside dans l’absence quasi-totale d’informations sur la réglementation des candidatures indépendantes. A ce jour, aucun texte d’application de la nouvelle mesure constitutionnelle ! Cela devient un réflexe naturel chez le pouvoir exécutif de garder l’information électorale jusqu’à l’avant-veille des scrutins.

Que l’on se souvienne du temps de réflexion qui nous était octroyé entre la publication du premier projet de révision constitutionnelle et la date du référendum, sans oublier le silence gardé sur le projet final jusqu’à moins d’un mois dudit référendum. Une révision majeure en si peu de temps ! Aujourd’hui encore, la pratique se réitère. Le (la) Sénégalais(e) de l’extérieur ayant le vœu de représenter sa nation ne sait pas, dans l’hypothèse d’une exigence de signatures combien il (elle) doit en recueillir. Il (elle) n’a pas d’indications en ce qui concerne la caution de même qu’il (elle) ignore quel nombre exact de députés sera à élire dans sa circonscription (seulement un(e) ? Plutôt deux ? Peut-être même trois ?)…. Comme l’a souligné un ancien ministre de la République, « à moins de six mois des élections législatives, les candidatures indépendantes comme celle partisanes nagent dans un flou total, à cause des calculs politiciens qui entachent véritablement notre démocratie… ».

Les partis politiques semblent cependant bénéficier d’une situation nettement moins inconfortable que les indépendants. Une certaine complicité passive des partis politiques La non-représentation des indépendants dans le suivi de la refonte du fichier électoral est, en effet, une aberration qui aurait dû davantage susciter l’indignation de l’opposition partisane. Le pôle indépendant dont il est question au sein de l’organe de suivi est en fait constitué d’autres groupes politiques, qu’il est plus adéquat de nommer les « non-alignés ». Les fixations de l’opposition sur les dérives du régime en place ne devraient pas ôter de l’esprit de celle-ci qu’en matière politique les partis ne sont pas les seules formes crédibles de l’organisation de la critique et de l’alternance. L’équité voudrait alors que les partis politiques qui ont assisté à la formulation des propositions relatives au scrutin et ses règles préalables, mettent à la disposition du grand public l’essentiel de ces conclusions. Cela, sans préjudice du fait que ce sont les textes ultérieurement en vigueur qui constitueraient in fine les seules références juridiquement valables. L’ambiance générale concernant l’information électorale donne pourtant l’impression d’un « chacun pour soi, tant pis pour les indépendants ! ».

Nous n’exagérons guère. Il est facile de constater que presque aucun parti, en ce qui concerne le « Sénégal de l’extérieur », du moins en Europe, ne s’attèle à la noble tâche de rechercher et publier, à l’adresse de tous, le calendrier de passage des Commissions chargées des inscriptions, leurs lieux de déroulement et les pièces à fournir. Or, aucun parti ne néglige de porter ces informations-là à l’endroit de ses militants ou sympathisants. Face à un tel corporatisme hermétique, il est sans doute compréhensible et peut être même sage pour l’ordinaire des gens d’abdiquer le terrain de la concurrence politique, de se consacrer aux préoccupations de l’ordinaire quotidien. Le fondement du libre engagement Il n’y a pas de fonction plus expiatoire que celle qui astreint l’âme humaine à l’ordinarité, parce que la politique courtise le pouvoir, parce que le pouvoir corrompt et abuse ses « dépositaires » jusqu’à parfois pousser à la bêtise collective. Mener une vie ordinaire devient dès lors un salut dont certains rêvent et auquel tout le monde n’a pas droit. Rester à l’écart des affaires de la cité suppose toutefois que les dirigeants de la cité nous laissent vivre, sinon comme nous l’entendons, du moins dans la tranquillité et la quiétude. Il n’en sera rien !

Par notre contexte où l’exécutif asservit le faible, intimide le courageux, mésestime la population. Que l’on pense, par exemple, au Président de la République qui traite d’oisifs errants sans quoi faire ses compatriotes qui ont péché par indignation face à l’absence d’un appareil médical vital pour la population ! Que l’on pense aussi au fonctionnaire radié pour s’être conduit en sincère informateur du peuple de la gabegie à laquelle les « élites » s’adonnent sur ses deniers ! C’est en même temps la cité où le spécialiste déroute le profane qu’il est censé éclairer. Que l’on songe au professeur de droit, conseiller juridique de l’Etat, qui défendit, il y a de cela un an presque jour pour jour, un prétendu caractère obligatoire d’un avis purement consultatif du Conseil constitutionnel (même si cet avis est immatriculé « décision »). Que l’on ne s’y trompe donc pas ! Nul ne sera à l’abri des conséquences de la dérive si le laisser-faire politique persiste dans notre chère cité sénégalaise où la probité morale s’estompe à mesure que persiste notre léthargie attentiste. L’engagement libre est, dès lors, l’issue que nous nous choisissons, c’est-à-dire, un engagement qui ne se laisse pas saper d’avance par le préjugé contraignant et dissuasif selon lequel rien n’est politiquement possible hors de la tutelle des partis politiques, ou sans le ralliement à ceux-ci. Les gens de l’ordinaire ont plus de pouvoir que ne veut le laisser paraître le paysage politique qui n’est qu’amusement et fiction distrayante. Cette vérité est plus éclatante dans le Sénégal de l’extérieur. Seule notre désagrégation constitue un obstacle majeur et intimidant.

Cette désagrégation, quelqu’un l’a bien comprise : c’est le pouvoir exécutif. Il l’a même bien exploitée lorsqu’il a imaginé ces huit circonscriptions hautement artificielles ou du moins taillées sur mesure pour lui-même. Cet obstacle surmonté, ni la machine étatique ni la congrégation des partis politiques traditionnels et leurs héritiers spirituels ne pourra arrêter le mouvement des ordinaires émancipés et soudés. Tous ceux qui s’auto-excluent de cette congrégation sont les destinataires de l’appel pour un Front Au Service des Sénégalais de l’Extérieur. Bien évidemment, la cause ne connaît guère la frontière artificielle qui sépare Sénégalais de l’intérieur et de l’extérieur, encore moins celle entre circonscriptions. Certaines structures politiques restent tout à fait crédibles tels des lueurs d’espoir sous une nuit noire…Et tant mieux qu’il y ait plusieurs acteurs de la sorte ! Car nous ne souscrivons pas à l’idée de personne providentielle. Nous ne croyons pas que le changement fondamental tant espéré par beaucoup puisse être l’œuvre d’une seule personne qui apparaîtrait subitement sur l’estrade populaire. Nous croyons à la substitution progressive d’un système par un autre, lequel transitera par une évolution paradigmatique dans la façon de concevoir et faire la politique. En ce sens, fort heureusement, il y a de plus en plus, une prise de conscience en constante croissance que l’heureuse destinée du Sénégal n’est pas entre les mains de vieux entrepreneurs politiques (et leurs héritiers spirituels ou de sang) qui, depuis bien trop longtemps, ont perdu le sens des réalités. La récente démission d’un membre du Conseil Supérieur de la Magistrature est tout aussi réconfortante, contrastant avec le silence complice de certaines autorités ou notoriétés. Notre seul regret est d’assister impuissamment au spectacle de la course de certains jeunes, à la fleur de leur vie, qui se ruent vers les « vieux barrons » tels des candides troquant leur précieux joyau contre la pacotille qu’offre une certaine génération décadente qui croule, depuis longtemps, sous l’effet d’une définitive corrosion.

La valeur sûre que constituent les libres électrons sénégalais de l’extérieur fonde notre espoir d’empêcher que le régime actuel rafle les 15 sièges alloués à la « diaspora ». Au-delà de l’extérieur, la tournure que prend la gouvernance actuelle impose de faire front contre une majorité mécanique à l’Assemblée nationale en faveur de l’Exécutif. Le rassemblement des gens crédibles devrait être une évidence notamment devant pareil constat général que, décidément, plus rien ne va ! Cet appel ressemble à l’invitation, sans doute classique, au vote-sanction.

Cependant (et que l’on ne nous oppose pas la fameuse prohibition du mandat impératif qui n’est pas ici en question), une union de qualité, portant à la représentation nationale des mandataires moralement liés par les causes de leurs mandants constituerait un début hautement appréciable au crédit d’un mouvement vers la Rénovation ! Indépendants de tout le Sénégal de l’extérieur comme de l’intérieur, unissez-vous ! Faites front au service des vôtres !

Front au Service des Sénégalais de l’Extérieur (Fasse)

Le 15 février 2017.

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