A la recherche du Sénégal qui se lève tôt…

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Les autorités qui ont dirigé ce pays, comme celles qui sont aujourd’hui au pouvoir, ont invariablement embouché la même trompette: appeler les Sénégalais au travail. Le refrain a fini par être usé. De Me Abdoulaye Wade avec son célèbre « travailler, toujours travailler, encore travailler », à Macky Sall ou encore son actuel Premier ministre Mahammad Boune Abdallah Dionne qui a inauguré son arrivée à la Primature par un solennel appel au travail, le rituel est resté immuable. Mais le résultat est comparable à la légende écossaise du monstre du Loch Ness: on en parle toujours, mais on ne le voit jamais!

La préoccupation vire à l’angoisse, pour peu qu’on prête une oreille à ce que disait l’actuel chef de l’Etat et non moins patron de l’Alliance pour la république (APR), lors du lancement de la campagne électorale du dernier referendum. S’adressant à ses troupes (ministres et autres grands commis de l’Etat). M. Macky Sall les avait en effet tous renvoyé à leurs bases politiques respectives avec l’injonction, « je ne veux voir personne ici » (dans vos bureaux de Dakar NDLR). Une invite qui a eu un effet boomerang est tombé sur la tête de Mary Teuw Niane, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Pour avoir suggéré la solution extrême de virer les enseignants grévistes et de procéder à leur remplacement, il s’est vu administré une cinglante réplique de la part du secrétaire général d’un syndicat d’enseignants du supérieur. Le syndicaliste a gentiment prié le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de rembourser d’abord, au contribuable sénégalais, l’équivalent d’une semaine d’absence au poste pour raison de campagne électorale.

Quelle est la conséquence d’une telle désaffection vis-à-vis du travail ? Pas besoin de chiffres pour savoir que le développement du pays va en souffrir terriblement. Et si on ajoute le nombre de jours fériés au Sénégal (pas loin du record mondial), sans compter notre goût immodéré pour les différentes cérémonies festives, religieuses, socio-culturelles en général, force est de constater que si notre « Sunugal » était une entreprise, il ne serait pas loin du dépôt de bilan.

Heureusement qu’il y a un Sénégal qui se lève tôt. C’est celui de la femme rurale qui se lève à l’aube pour la corvée d’eau. C’est aussi le Sénégal de la femme des banlieues, sur pieds des les premières lueurs du jour, affrontant les vicissitudes d’un système de transport quelconque, à la recherche de poissons ou de légumes destinés à son petit commerce circonscrit à une table au seuil de son domicile.

L’autre Sénégal dynamique est celui des masses paysannes qui s’échinent avec des moyens, aussi rachitiques que rudimentaires, dans les terroirs ruraux et les rizières des rives des fleuves qui arrosent le territoire.

Dans notre pays aussi, il faut le reconnaitre, des centaines de travailleurs anonymes, dans les secteurs privé et public, même si leur labeur constitue l’arbre qui cache la forêt d’un manque ambiant de dynamisme, s’acquittent convenablement de leurs obligations professionnelles, contre souvent des revenus qui leurs permettent à peine de vivre décemment.

Enfin, l’autre Sénégal, est celui de la « 15eme région » du pays, telle que le projette le président Macky Sall. Il s’agit bien entendu de la diaspora sénégalaise éparpillée aux quatre coins de la planète. Ces Sénégalais moulés à d’autres réalités, se lèvent tôt, rentrent tard pour économiser laborieusement de quoi entretenir les parents restés au pays. Avec un transfert annuel estimé à plus de 1 000 milliards de francs CFA, soit l’équivalent du 1/3 du budget de l’Etat sénégalais, ils tiennent en perfusion le pays. Si ces Sénégalais de l’Extérieur inspiraient ceux de l’Intérieur, « l’entreprise nationale » évitera le dépôt de bilan. C’est par là que commence le Sénégal émergent.
SUNUDIASPORA

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