AFRICAINS ET HOMOSEXUELS : L’EXIL POUR SEUL HORIZON, dans des pays où le sujet est une honte, un tabou voire pire, un délit

Ils s’appellent Camara, Diawara, Yassin et Farid. Ils sont homosexuels dans des pays où le sujet est une honte, un tabou voire pire, un délit. Les premiers viennent du Mali et de Guinée, les seconds du Maroc. À moins de 30 ans, ils ont dû fuir leur pays terrorisés à l’idée de finir en prison ou terrifiés par le sort que pourrait leur réserver leur famille. Ils sont aujourd’hui demandeurs d’asile en France. InfoMigrants les a rencontrés dans le sud de la France grâce au Refuge, une association d’aide aux homosexuels isolés, qui leur a offert un toit et une aide psychologique le temps de la procédure d’asile.

Il ne prononce jamais le mot « homosexuel ». Il dit « les gens comme moi » ou « ma communauté ». Yassin*, 27 ans, Marocain, est encore mal à l’aise avec sa sexualité. Pour une grande partie de ses concitoyens, être gay est un tabou, une « honte », un « déshonneur » qui « souille le nom de la famille ».

Yassin sait depuis son enfance qu’il est différent des autres garçons, mais cette différence-là, il s’est refusé à en parler pendant de nombreuses années. « Aussi loin que je me souvienne, les filles ne m’intéressaient pas. Déjà, à 7 ans, à 8 ans, je ne les regardais pas », se rappelle-t-il. « Je ne comprenais pas encore… Je ne comprenais pas qui j’étais », ajoute-t-il, en faisant nerveusement tourner sa bague autour de son doigt. « Puis, un jour, j’ai compris, et quand j’ai compris, la première chose que je me suis dite, c’est que j’étais un pécheur devant Dieu. Toute mon éducation tournait autour de la religion ».

Yassin ne dira pas de quelle région du Maroc il est originaire. La peur d’être reconnu le hante. La liste des informations qu’il préfère taire est longue. Pas de nom évidemment, pas d’indications sur sa ville natale, pas de photos de lui, et pas de vidéos sans modification de sa voix.

Pendant de longues années, « je n’ai dit à personne que j’étais comme ça », explique-t-il. « Il faut comprendre, avant, j’étais croyant, je cherchais une compatibilité entre Dieu et ce que j’étais ». Yassin sait surtout que sa famille conservatrice, pratiquante, ne supporterait pas qu’il soit « différent ».

Ce n’est qu’à 25 ans que le jeune homme, parti étudier à Marrakech, se libère « un peu ». C’est à ce moment-là qu’il rencontre son futur petit-ami, Farid*, sur internet. Au Maroc, la communauté homosexuelle, criminalisée par l’article de loi 489 du code pénal, se cache mais elle existe. « Il y a une sorte de ‘darknet’ gay dans le pays », confie Yassin en riant. « Nous avons des faux comptes Facebook, de faux profils… Nous faisons très attention, mais il y a tout un monde caché au Maroc ».

Après plusieurs mois de conversation sur les réseaux sociaux, les deux garçons décident de se rencontrer. Nous sommes en septembre 2015, la famille de Yassin s’est absentée quelques jours, la maison est vide, l’occasion est trop belle. C’est le coup de foudre. Yassin a 25 ans, Farid, 20 ans. Ils resteront une semaine entre les quatre murs de la maison. Une parenthèse heureuse, mais de courte durée.

Farid*, assis à côté de Yassin, l’écoute et ne cesse de sourire. « C’était bien, cette période », lâche-t-il en regardant affectueusement son compagnon. Farid est beau, gracile et efféminé. On comprend facilement que son quotidien a dû être un cauchemar dans un pays où la virilité fait loi. Le jeune garçon attire les regards. Il n’a pas 15 ans quand plusieurs hommes essaient de le violer en pleine rue – quelque part dans la région de Marrakech. « Ils ont essayé de me faire des trucs avec les mains, c’était horrible. En plus, personne n’intervient jamais », raconte-t-il en riant nerveusement.

*Les prénoms ont été changés

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