Bitimrew Press Group : Magazine et Site d'informations

Après avoir vécu 12 ans au Canada, Saliou Sidy MBAYE parle de son retour au Sénégal et de sa nouvelle carrière d’Agripreneur.

« Revenir au Sénégal et me lancer dans l’entrepreneuriat après des années d’études et d’expériences au Canada est l’une des meilleures décisions que j’ai pu prendre au courant de ma vie »Voilà comment Saliou SIdy Mbaye, jeune entrepreneur et agriculteur sénégalais, nous partage sa fierté d’être aujourd’hui à la tête d’une exploitation agricole de 16 hectares  à Tassete dans la région de Thiès.

Après avoir exploré l’Amérique du Nord sous ces nombreuses facettes en tant qu’étudiant à Atlanta aux Etats-Unis et à Québec au Canada, Saliou Sidy Mbaye revient sur ses nombreuses expériences de travail acquises aux pays des eskimos, et sur son retour au pays amorcé depuis trois ans. Aujourd’hui il poursuit son rêve, celui d’être un des plus grands entrepreneurs agricoles du pays, en s’investissant dans la production des fruits et légumes au sein de la ferme de son père affectueusement appelée « Tassete GreenFarm ». Tout ce qui mène a de grands résultats nécessite de grands sacrifices, et Saliou Mbaye l’a bien compris, en tournant le dos à un confort de vie canadien pour s’installer au Sénégal en plein milieu rural, il est conscient que le chemin sera long pour être un fournisseur de produits maraichers à l’échelle nationale et internationale. « Tassete Greenfarm » nous a ouvert ses portes afin de réaliser pour nos abonnés un interview avec son manager au parcours singulier mais surtout inspirant.

Pourquoi avez-vous porté votre choix sur l’entrepreneuriat l’agricole ?

J’ai toujours eu un faible pour la verdure, mais je dois avouer que j’ai vraiment eu un attachement pour la nature en général lors de mon séjour au Canada où J’ai émigré pour continuer mes études après l’obtention de mon Baccalauréat. J’ai eu l’opportunité d’être embauché à temps partiel dans un champ pour travailler dans les vendanges, c’est à partir de là que j’ai développé ma passion pour l’agriculture. J’ai ensuite fait plusieurs excursions dans des provinces canadiennes où l’agriculture occupe une place prépondérante dans leur économie, pour apprendre et m’enrichir des méthodes agricoles modernes. Pour mon retour au Sénégal entreprendre dans l’agriculture était une des options d’investissement que je laissais murir dans mon esprit, et finalement, c’est le créneau dans lequel je me suis lancé dès mon retour. Je ne suis d’ailleurs pas le seul qui soit  revenu de ce pays, en aillant eu comme projet d’investir dans le secteur primaire.

Pouvez-vous nous partager vos impressions sur l’agriculture au Sénégal de manière générale ?

L’agriculture au Sénégal a beaucoup évolué dans les mentalités. Les sénégalais commencent à accorder beaucoup plus d’importance aux corps de métier reliés à l’agriculture. De plus en plus, en zone urbaine ou péri-urbaine les pratiques agricoles se multiplient même si c’est le plus souvent à temps partiel, cependant dans la structuration du secteur et la mise en place de plans d’action concrets pour développer notre agriculture, nous avons beaucoup d’efforts à faire. Nous avons beaucoup de potentiels au Sénégal avec une terre fertile et une jeunesse qui est prête à s’y investir. Seulement la finalité de l’agriculture c’est la nutrition, il faudrait que nous puissions inciter nos populations à consommer local. Tant que nous n’arrivons pas à produire pour notre consommation nous dispersons nos efforts.

Beaucoup de jeunes sans emploi aspirent à émigrer pour sortir du chômage mais pensez-vous qu’entreprendre dans le secteur agropastoral peut être une solution à long terme pour ces derniers ?

Je pense que c’est la solution la plus pertinente pour sauver notre jeunesse du fléau de l’émigration. Aujourd’hui nous avons beaucoup de jeunes qui veulent s’expatrier, ou même des sénégalais de la diaspora qui veulent rentrer et investir aux pays, et c’est d’actualité un peu partout en Afrique. Dynamiser L’agriculture, c’est régler les problèmes de chômage, d’émigration clandestine et tous les autres problèmes liés à une jeunesse désespérée, et qui pourtant est disponible. Nous devons former les jeunes, et leurs donner les moyens de s’insérer dans le milieu agropastoral avec un accompagnement et un suivi au niveau de la chaine de valeur. Il faut créer un écosystèmes pour encourager l’entrepreneuriat agricole sur toute la chaine de valeur. Si on veut que la jeunesse de notre pays s’implique davantage dans ce secteur, il faut lui donner les outils et l’information nécessaire.

 Parlez-nous de votre cursus scolaire, avez-vous suivi une formation en agronomie ?

J’ai eu mon baccalauréat au Collège Sacré-Cœur de Dakar, et je suis parti au Canada où j’ai poursuivi mes études supérieures en Sciences de Génie civil à l’université Laval au Québec. J’ai ensuite changé de programmes à l’université de Trois Rivières à Québec pour me lancer en Administrations des Affaires, quand je me suis rendu compte que l’ingénierie civil n’était pas vraiment ce que je voulais faire. Concernant l’agriculture je n’ai pas vraiment fait des études dans le domaine, mais j’ai reçu une formation de terrain avec un technicien agricole. Cependant je compte m’inscrire à des cours du soir pour approfondir mes connaissances dans le domaine.

Quelles ont été vos principales difficultés durant votre installation à Tassete lors du démarrage de votre projet ?

Nous avons eu des problèmes à tous les niveaux lors de notre démarrage à Tassete Greenfarm. Le plus dur c’était de trouver des collaborateurs fiables dans ce pays, des gens honnêtes, des ingénieurs et techniciens agricoles qui sont sérieux et qui maitrisent leurs domaines comme il faut sans vouloir vous berner. Nous n’avons pas été chanceux concernant les recrutements que nous avons faits à nos débuts.  Nous avons mal étudié notre projet, et nous manquions de maitrise quant au marché local. A nos débuts c’était vraiment un combat aussi bien dans la construction de la ferme, la mise en place de la clôture, la construction de notre forage etc… nous nous sommes battus pour que chaque étape soit une réussite et nous avons eu beaucoup de gens qui nous ont mis les bâtons dans les roues.

Comment jugez-vous l’implication des jeunes dans le secteur agricole en milieu rural ?

Les jeunes du monde rural sont très impliqués dans l’agriculture de notre pays, même si beaucoup d’entre eux ont choisi de s’installer en zone urbaine pour y exercer d’autres métiers, ce qui parfois est tout à fait justifié. Il y a des jeunes qui continuent à s’investir dans la terre, maintenant il faut les outiller comme je l’ai énoncé plutôt. Les jeunes ne peuvent pas dépendre d’une agriculture saisonnière, avec des campagnes de mil et d’arachide qui durent quatre mois. Il faut qu’on se dise la vérité, et qu’on cherche des solutions pour que ces jeunes puissent pratiquer l’agriculture durant toute l’année. C’est le défi que nos dirigeants doivent relever si on veut freiner l’exode rural. Nous ne pourrons atteindre l’autosuffisance alimentaire sans les jeunes de notre pays. Avec des petites exploitations et des techniques agricoles obsolètes. Selon moi, les jeunes qui ont quitté leur village pour Dakar n’ont pas compris les opportunités dont regorge l’agriculture, maintenant à qui revient la responsabilité de les informer? Voilà ma question…ce qui est juste dommage, c’est qu’en dehors de l’hivernage, ces jeunes travaillent pour des multinationales agricoles étrangères pour des contrats déterminées de très courte période, mais vu qu’ils sont obligés de le faire pour vivre et soutenir leur famille, on perd forcément cette main d’œuvre qui nous aurait aidés à atteindre nos objectifs d’autosuffisance alimentaire.

Quels sont vos objectifs en tant qu’entrepreneur et agriculteur à long terme ?

Mon objectif, c’est de cultiver des produits qui sont le plus souvent exportés mais qui devrait aussi être proposé à nos populations. Nous avons l’exemple du maïs doux qui est exporté, alors qu’au Sénégal on ne parle que du mais local. J’aimerais offrir la même qualité, et les mêmes variétés à nos chers concitoyens. Il est tant que nous produisons pour le marché local des produits sains, de très bonnes qualités et en abondance. L’agriculture pour la nutrition locale d’abord, voilà un concept auquel j’accorde beaucoup d’importance. En tant qu’entrepreneur j’aspire aussi à augmenter ma clientèle sur le marché, et par conséquent mes exploitations agricoles afin de devenir un très grand producteur national.

La transformation des  produits agricoles fait-elle partie de votre plan d’action ?

Avoir des unités de transformation agricole est devenu un rêve pour moi, car une grande partie des produits agricoles sénégalais sont destinés à la consommation directe, alors que nous avons une richesse et un potentiel dans la transformation agroalimentaire inexploitée. Au Sénégal les produits transformés en conserve ou autres sont généralement importés. Mon rêve c’est d’avoir mon usine de transformation au sein même de mon exploitation afin de faire de la transformation de produits qu’on pourrait retrouver dans les supermarchés ou les grandes surfaces. Prenez l’exemple de l’oignon, qui jusqu’à présent est pesé dans les boutiques, alors qu’il est possible d’avoir un emballage pour différentes quantités, selon les besoins du client, avec des sacs qui peuvent varier de 1kg à 10kg, ou même plus. Nous sommes dans une ère commerciale où le consommateur a besoin d’un produit fini, le producteur se doit de fournir aux consommateurs un produit qui nécessite un minimum de préparation pour la consommation. Dans les pays occidentaux les gens n’ont pas le temps de passer par certains processus de préparation pour consommer un produit, et voilà ce à quoi on devrait tendre au Sénégal.

Songez-vous à retourner à Canada afin de trouver des marchés pour l’exportation de vos produits ?

Oui évidemment. J’aimerais retourner au Canada pour avoir des partenaires, bien que le Canada ne soit pas la seule destination de partenariat que je vise. Je suis très ouvert à d’autres pays mais vraiment pour un long terme. En ce moment je me concentre sur mes objectifs de conquérir le marché local qui est beaucoup plus important pour moi. Mais c’est sûr que je pense avoir des créneaux au Québec qui pourront me servir à développer un marché au Canada, sachant que j’y ai passé une grande partie de ma vie adulte.

Quel sont les différents types de cultures qu’on retrouve chez « Tassete Green FARM » ?

Tassete GreenFarm développe depuis trois ans des cultures de piments, de gombos de pastèques et d’aubergines.

Travaillez-vous seul ou avez une équipe de production ?

Au début de notre toute première campagne nous étions juste deux, par la suite nous avons agrandi notre équipe en recrutant deux autres travailleurs permanents. Lors des récoltes, ou en cas de besoin, nous faisons appel à des journaliers qui habitent dans les villages environnants.

Projetez-vous un jour de quitter les champs pour retourner travailler dans votre domaine d’étude ?

Je ne pense pas une seule seconde de ma vie à une situation pareille. J’ai développé une passion pour l’agriculture, je m’épanouie totalement dans ce milieu. Rien que se réveiller de très bonne heure et être en face de la verdure sous la rosée, est une sensation que j’ai découvert et que je n’échangerais pour rien au monde. Vous savez semer une graine, et la voir vous donner des feuilles, ensuite la voir faire pousser des fruits ou légumes, est un phénomène extraordinaire. J’ai beaucoup muri grâce à ce projet aussi bien sur le plan professionnel que spirituel, et je sais qu’il me reste beaucoup de choses à apprendre et à découvrir dans le milieu agricole. De plus, je suis en train d’exercer mon domaine d’étude, car je me suis spécialisé en finance-comptabilité, et je gère la comptabilité de mon entreprise agricole, donc je vois pas pourquoi je devrais quitter les champs pour aller me cloisonner dans un bureau. Je suis un homme de terrain, j’aime la verdure et je me découvre plus en tant qu’entrepreneur.

Propos receuillis par Demba sarr , credit photo : Mohamed sene

Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Cliquer juste pour partager ...

Latest from Actualités

EN HAUT