Au Sénégal, Macron veut mobiliser pour l’éducation, 3 milliards de dollars levés pour les pays pauvres

 

Le président français a commencé jeudi une visite officielle de deux jours au Sénégal. En compagnie de son homologue Macky Sall et de la chanteuse Rihanna, il a soutenu un programme international pour lever 3 milliards de dollars afin d’augmenter le taux de scolarisation des pays pauvres.

Emmanuel Macron est de retour en Afrique. Deux mois après son discours fleuve de Ouagadougou, le président français a commencé jeudi une visite de deux jours au Sénégal, pays pivot des relations franco-africaines. Les détracteurs de l’ex-puissance coloniale ont promis un accueil «frais» à Emmanuel Macron, mais la visite est moins bilatérale qu’internationale, l’objectif premier étant d’ouvrir, avec son homologue sénégalais Macky Sall, la troisième conférence de financement du Partenariat mondial pour l’éducation (PME).

L’Afrique a déjà fourni des efforts considérables pour atteindre les 80% d’enfants scolarisés en primaire selon l’ONU. Un bon de 20% en deux décennies

Que la présence des deux présidents soit largement éclipsée par celle de Rihanna, ambassadrice du PME, n’empêche pas la réunion d’afficher de grandes ambitions: lever 3 milliards de dollars, sur la période 2018-2020, pour aider quelque 60 pays en développement à renforcer leur système éducatif et réduire le nombre d’enfants sans école estimé à 260 millions. Dans ce domaine, l’Afrique a déjà fourni des efforts considérables pour atteindre les 80% d’enfants scolarisés en primaire selon l’ONU. Un bon de 20% en deux décennies. 

Cette statistique cache cependant de puissantes disparités. D’abord, l’Afrique australe ou de l’Ouest sont bien plus avancées que l’Afrique centrale. Ensuite, si les écoles primaires accueillent massivement, le taux de scolarisation chute rapidement au collège et au lycée. Il atteint, dans le secondaire, à peine un tiers des enfants, contre 55% dans le monde et plus de 90% dans les pays développés. L’argent doit, en partie, servir à combler ce retard et ce décalage. Mais ce n’est pas tout. Les sommes seront aussi utilisées pour absorber le choc démographique attendu pour que le système scolaire, déjà saturé, n’implose pas. Sur un continent où la natalité dépasse souvent les quatre enfants par femme, la population en âge d’être scolarisée en primaire va croître de 30% d’ici à 2030.

Les inquiétudes de la Banque mondiale

«Trois milliards de dollars, ça ne suffit pas. On aurait largement besoin du double, ou du triple», remarque déjà Henrietta Fore, la directrice de l’Unicef. Rihanna a ainsi demandé à Emmanuel Macron de porter la contribution de la France à 300 millions de dollars, pour montrer l’exemple, ce que, pour l’heure, la France ne fait pas. Selon l’Agence française de développement (AFD), Paris ne consacre que 2,5% de son aide publique à l’éducation, loin des besoins.

Au Niger, à peine 3% des enfants de CM2 ont un niveau de langue jugé satisfaisant

Si le nombre d’établissements a augmenté ces dernières années, la qualité de l’éducation n’a, elle, pas suivi. La formation des éducateurs, comme leur salaire, doivent être améliorés. Dans un rapport publié en septembre, la Banque mondiale s‘est ouvertement inquiétée. «Pour un trop grand nombre d’enfants, scolarisation n’est pas synonyme d’apprentissage», résume même brutalement Paul Romer, l’économiste en chef de l’institution. L’enquête de la banque a mis en lumière des réalités parfois catastrophiques. Au Niger, à peine 3% des enfants de CM2 ont un niveau de langue jugé satisfaisant. Le Malawi affiche aussi de très mauvaises statistiques: plus de 90% des élèves en fin de CE1 ne sont pas capables de lire un mot. Au Ghana, le chiffre est de 80%. Or, rappelle la Banque mondiale, le niveau de vie à l’âge adulte dépend directement du niveau d’éducation réelle.

La lutte contre le terrorisme

Cette corrélation, Emmanuel Macron et ses pairs ne l’ignorent pas. Derrière le PME, c’est bien la lutte contre la misère qui se dessine et donc, pour l’Europe, celle contre l’immigration et le terrorisme qui se nourrissent très largement de la pauvreté.

Cette visite sera d’ailleurs pour le président français l’occasion d’évoquer, une fois de plus, le combat contre le djihadisme au Sahel. Si le Sénégal ne fait pas partie, à son grand désarroi, du G5 – qui regroupe les forces du Mali, du Niger, du Tchad, de la Mauritanie et du Burkina Faso -, le pays déploie un fort contingent dans les casques bleus de la mission de l’ONU au Mali (Minusma). Mi-janvier, Dakar a annoncé l’arrivée à Mopti, une ville du centre du Mali et nouvel épicentre de l’insurrection, de 200 hommes de la force de réaction rapide. Ces «Jambars», comme on les appelle, doivent appuyer l’armée malienne qui lancera dans les jours prochains une vaste opération dans cette région.

Samedi, le président français tentera de mobiliser l’opinion, et les bailleurs, contre un autre danger qui plane sur le Sénégal: l’érosion des côtes. Il se rendra à Saint-Louis, ancienne capitale de l’Afrique occidentale française et du Sénégal, menacée par la montée des eaux. La Banque mondiale a annoncé à Paris une aide pour protéger les côtes africaines, dont Saint-Louis doit être l’une des premières bénéficiaires.

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