Bavure policière en Suisse : un jeune congolais abattu par un policier

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«J’avais dit un jour à Hervé qu’il pouvait prendre la nationalité suisse s’il le voulait. Il avait refusé en me disant qu’il allait avoir l’âge de faire le service militaire et qu’il n’aimait pas les armes…» Willy Mandundu, 55 ans, a tenu à dire au «Matin» qui était vraiment son fils aîné, avant sa mort tragique le 6 novembre dernier, survenue alors que ce Congolais de 27 ans s’était retrouvé couteau de cuisine en main face à cinq agents armés de la police du Chablais en intervention dans son immeuble de Bex (VD). Devenu père à 19 ans

«Il y a quelques années, il avait fondé une association pour venir en aide à des enfants orphelins de Kinshasa, à qui il envoyait du matériel acheté avec son propre argent», poursuit le père endeuillé. Aîné d’une fratrie de cinq (deux sœurs et deux jeunes frères), Hervé est le seul à être né au Congo.

A Lausanne depuis ses 5 ans, il y suivra sa scolarité, sera actif au sein d’une paroisse de l’Eglise protestante vaudoise et deviendra pompier volontaire. Son casier judiciaire restera vierge. C’est à l’âge de 16 ans qu’il rencontrera celle qui allait devenir la mère de son fils trois ans plus tard, Léontine. «Hervé n’a jamais été violent, même envers des amis qui n’ont pas été honnêtes avec lui pour des affaires», confie la jeune femme de 29 ans. «Je ne l’ai vu qu’une fois se battre après que quelqu’un l’a agressé, mais, même là, il allait parler avec la personne pour apaiser les choses…» Séparé en 2010, le couple avait une autorité parentale conjointe sur l’enfant, et le père voyait son fils un week-end sur deux. Son déménagement à Bex l’an dernier visait à réduire la distance avec Léontine, domiciliée à une quinzaine de kilomètres, dans la région de Martigny (VS).

«La police cantonale vaudoise dit n’importe quoi lorsqu’elle décrit mon fils comme quelqu’un de perturbé, alors qu’elle ne le connaît pas! tonne Nicole (49 ans), la maman. C’est une mère en colère qui vous parle: Hervé est un enfant qui ne méritait pas de mourir comme un criminel!» Parmi les griefs formulés à l’encontre des forces de l’ordre, la quadragénaire et son mari ne comprennent pas pourquoi la mort de leur aîné ne leur a été annoncée que douze heures plus tard. Et, surtout, pourquoi les trois inspecteurs venus à leur domicile ont volontairement éludé les circonstances du décès.

«Ils nous ont dit qu’il s’était passé quelque chose la veille au soir avec la police, et que notre fils avait succombé à ses blessures, relate Nicole Mandundu. Quand mon mari a demandé comment Hervé avait été blessé, la réponse était qu’ils ne savaient pas, à ce stade des investigations…»

Obsèques en suspens

«C’est moi qui ai dû me rendre à Bex, lundi passé vers 20 h, pour rechercher la vérité, lance Willy. Sur place, une voisine m’a dit en pleurs: la police a tué votre fils.» Et ce n’est que lorsqu’ils ont vu le corps d’Hervé au Centre romand de médecine légale que la famille aura compris que trois balles l’avaient atteint: à la hanche, à l’épaule et… au cœur. «Quelles qu’aient été les circonstances, il faudra que la police admette qu’il y a eu bavure», lance le quinquagénaire. Et son épouse de conclure: «N’y avait-il vraiment pas d’autre solution que de tirer à trois reprises sur mon fils? J’aimerais avoir la réponse à cette question.»

Les Mandundu attendent que l’enquête de la justice vaudoise livre ses premières conclusions avant d’arrêter une date pour célébrer les obsèques d’Hervé et poursuivre leur deuil. «Nous ne pouvons pas enterrer quelqu’un si on ne sait pas comment il est mort, c’est impossible…» lâche l’une de ses deux sœurs. (Le Matin)

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