Datacenter : Big Data Faudrait-il « nationaliser » les données ? Par Araby Niasse, Jeunesse Sénégalaise en action

En se dotant d’une infrastructure permettant de centraliser les données nationales dans une infrastructure de dernière génération à Diamniadio, le gouvernement du Sénégal a fait un pas d’une importance stratégique au vu des enjeux que cela représente. Les données (data et big data) en anglais et leur utilisation sont devenus en ce XXIe siècle l’un des enjeux majeurs de notre temps aussi bien sur les plans économiques, politique que financier.

Les grands groupes constitués par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) qui représentent à eux quatre une valeur de 6.124 milliards $ soit 1200% du PIB de la CEDEAO ont un contrôle absolu sur la collecte et l’utilisation de données sur les citoyens sénégalais et africains. De tel sorte qu’aujourd’hui, Facebook en sait plus sur les sénégalais, leurs habitudes, leurs mouvements, leur consommation, leurs croyances religieuses, leur goût musical et leur appartenance politique que tous les services de renseignement combinés. En réalité, les services de renseignement de nos états sont obligés de soumettre à ces nouveaux acteurs internationaux des demandes pour avoir accès à des bases de données concernant leur propres citoyens.

Le défi de l’imposition des nouvelles activités économiques

Qui plus est, ces groupes paient pas ou peu d’impôts, alors même qu’ils continuent de collecter et d’extraire des données (data mining) au même titre que les industries extractives extraient des richesses de nos sous-sol. sauf que cette fois c’est sans licence et sans autorisation et sans contrôle aucun de la part de nos états. Alors qu’on a vu depuis l’avènement de des réseaux sociaux de nombreuses tensions, crises, violences avec ces derniers comme amplificateur, voir une désagrégation de nos sociétés. Ces derniers en effet de par les algorithmes qui les régissent, permettent la diffusion à grande échelle de fake news et d’autres phénomènes comparables créant des tensions sociales permanentes au motif de la liberté d’expression qu’on brandit à tout va sans en dessiner les contours ni les limites. Alors qu’en droit toute notion aussi noble soit-elle doit être limitée afin qu’elle ne produise pas des « effets pervers » Pour revenir aux réseaux sociaux, je pense qu’il est temps de prendre du recul et d’essayer de faire le bilan de leur apport à nos sociétés, mais également aux violences, verbales et physiques, aux chocs émotionnels voir post-traumatiques provoqués par le visionnement de contenus en tous genres parfois d’une violence extrême, et à répétition.

Tous les spécialistes en psyché devraient sérieusement commencer à en étudier les effets sur notre mentale. Le flux incessant de contenus, le système de récompense alimenté passant le cortex prefrontal rend chaque citoyen et particulièrement les plus jeunes d’entre nous très fragiles aux phénomènes d’addiction. La grande difficulté pour nos états face à ces nouveaux acteurs de l’économie mondiale est bien la taxation de leurs activités. Car ces entreprises ont la particularité de n’employer que peu de monde, de n’avoir qu’une activité économique réduite du point de vue classique tout en engrangeant un maximum de revenus et de bénéfice. De ce fait, un certain nombre de pays ont eu énormément de mal à faire profiter le trésor public du boom d’internet. Beaucoup se concentrant sur les acteurs présents sur leur territoire.

De ce point un changement de paradigme est nécessaire. Il serait insensé de se borner à quantifier l’activité économique de ces groupes par leur présence physique ou les activités déclarées sur le territoire du pays concerné, ces sociétés étant par nature « virtuelles ». Toutefois leurs revenus eux sont bien réels et quantifiables. Leur modèle économique lui est basé sur la collecte, le traitement de données qu’ils utilisent ensuite à des fins de commerce ciblés ou de publicité ciblée leur permettant ainsi d’optimiser leur offre et de savoir quoi vendre à qui et où. Ainsi les données collectées sont la pièce maîtresse de tout cet édifice.

Continuer à ignorer ce fait afin de ne pas gêner ce groupes sensés connecter le monde où passer pour un état réfractaire au progrès est une solution vouée à l’échec. Car ces nouveaux acteurs prennent de plus en plus d’importance et redéfinissent les regels du commerce international, et de toutes les choses touchant la vie d’un citoyen, de l’information, au commerce, à politique, à l’engagement, au tourisme, à la consommation et même au façonnement de l’opinion. Le cas le plus éloquent est l’affaire (Cambridge analytics).

Pour avoir travaillé avec les meilleurs data analyst et strategists électoraux notamment lors d’élections en Europe, j’ai pu expérimenter l’outil formidable mais aussi dangereux (entre les mauvaises mains) que constituent le (big data). C’est conscient de ces enjeux et de l’importance grandissante qu’auront les données dans nos vies et dans celles de nos enfants que j’invite les autorités du pays à mener une réflexion au niveau de la CEDEAO (la CEDEAO représentant (391 000.000 d’habitants et d’utilisateurs potentiels en 2019, l’une des dernières frontières de l’âge du big data) sur l’opportunité pour nos pays de mutualiser nos forces et aller vers une « nationalisation » des données en soumettant leur exploitation par les sociétés du numérique à une taxation qui prendrai en compte les richesses produites à partir de la collecte, le traitement et l’utilisation de ces données à des buts commerciaux.

Enjeux politiques et réglementaires des réseaux sociaux

Les récents remous entre chefs d’états de la CEDEAO et certains groupes dont la dernière en date a été la suspension pure et simple du compte officiel du Président Buhari pour « violation des conditions d’utilisation » pour s’être simplement exprimé sur une question de sécurité intérieure. La riposte du côté du géant ouest africain ne s’est pas fait attendre et la suspension définitive du réseau social dans le pays comptant le plus d’utilisateurs en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, les récents événements du mois de mars ont aussi poussé le gouvernement à envisager une législation plus sévère contre les crimes et délits commis sur les réseaux sociaux, notamment les violences verbales, menaces physiques et autres violations des lois Sénégalaises sur les plateformes numériques souvent par des faux comptes. Ce type de législation nationale se trouve toutefois soumis aux conditions d’utilisation fixées par les plateformes numériques qui imposent souvent leurs règles aux états.

Il faut dire qu’avec la crise du Covid-19 et les élections américaines les plateformes numériques ont montré leur poigne en mettant en lance une vraie politique « censure » de certaines opinions jugées comme déviantes avec la recrudescence des « fake news » et les courants de pensée marginale qui ont pris une importance capitale notamment les « QAnon » dont la résultante a été le refus des résultats de l’élection présidentielle et l’attaque subséquente sur le congrès. La menace que font planer ces plateformes « sociales » pour la stabilité politique et sociale des États ne fait plus de doute et ne laisse aucun État à l’abris.

Une harmonisation des législations au niveau de la CEDEAO, une des dernières frontières du big Data permettraient à nos états de jouer la carte de la dividende démographique pour tenir en respect ces géants du net et protéger nos sociétés, nos économies et nos États d’une exposition trop grande et sauvage aux transformations à venir.

Araby Niasse, Jeunesse Sénégalaise en action 

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