David, bientôt expulsé de son pays d’origine ?

Lorsque David* est entré dans le siège de l’Office des Etrangers belge pour demander l’asile, il a immédiatement senti qu’il n’était pas à sa place. J’ai regardé autour de moi et je me suis dit : “Ces gens ne parlent pas français, ils ont dû fuir leur pays, ils ont de bonnes raisons de demander une protection. On va se moquer de moi”. Les employés à l’accueil n’ont pas ri, mais ils lui ont lancé “un regard bizarre”, raconte David. “Quand ils ont entendu mon accent et vu mes cheveux teints en blond, ils ont eu l’air de se dire : ‘Qu’est-ce que tu fais ici, toi?’”

David raconte cette journée de l’année dernière avec un parfait accent bruxellois. Né dans la banlieue parisienne de parents d’origine congolaise, il est arrivé en Belgique alors qu’il était encore tout petit. Il est maintenant un jeune homme de 22 ans, mince, au sourire séduisant et aux grands yeux veloutés dont il est plutôt fier. Nous nous rencontrons près de chez lui, dans le quartier universitaire de Bruxelles, par un après-midi ensoleillé de la mi-avril. Sa tenue – un jean slim déchiré noir, un polo noir et deux écouteurs sans fil blancs – est soigneusement choisie : David rêve d’une carrière dans la mode. 

En janvier 2019, le même mois où il a demandé l’asile, la Belgique a reçu 2 765 demandes, principalement de Palestiniens, d’Afghans et de Syriens. Pourquoi David, qui a grandi à Bruxelles et n’a jamais mis les pieds hors de l’Union européenne, doit-il demander une protection internationale dans ce qu’il considère comme son pays d’origine ? Parce qu’il court un risque sérieux d’être expulsé vers la République démocratique du Congo, un pays que ses parents ont quitté lorsqu’ils étaient enfants, en suivant les traces de leurs propres parents réfugiés. 

La mère de David n’avait que dix-sept ans à sa naissance. Elle s’est rapidement séparée du père de David, qui n’a pas reconnu son fils. Quelques années plus tard, elle a quitté la France pour Bruxelles, où vivait le père de David. La jeune mère célibataire a confié son fils à sa grand-mère paternelle. “Ma mère voulait vivre sa vie, mon père était en prison à ce moment-là”, a déclaré David. “Mais j’ai eu une enfance heureuse. J’avais beaucoup de cousins, d’oncles et de tantes, j’avais mes amis à l’école. J’ignorais tout de mes problèmes d’immigration“.

Droits limités

Selon les meilleures estimations, entre 100 000 et 150 000 personnes sans papiers vivent en Belgique. Personne ne semble savoir combien sont des mineurs, qui grandissent avec des droits limités. “Ils ont le droit à l’éducation”, déclare Melanie Zonderman de la Plate-forme Mineurs en exil, un réseau pour les droits des enfants migrants, “et, comme les adultes sans papiers, le droit à l’aide médicale urgente”.  Un point c’est tout.

AMED NDIAYE Wabitimrew.net

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