« De quoi aimer vivre » de Fatou Diome

20 ans après son premier recueil « La Préférence Nationale », Fatou Diome revient à l’art de la nouvelle avec « De quoi aimer vivre ». L’écrivaine d’origine sénégalaise et alsacienne jusqu’au bout de la langue met en scène des personnages aux identités multiples qui créent leurs propres trajectoires.

« L’auteure donne vie à un cortège d’éclopés, de cœurs blessés et d’oubliés, entre l’Alsace, la vallée de la Roya e

L’écrivaine Fatou Diome, qui s’est fait connaître avec son roman Le Ventre de l’Atlantique (2003, Anne Carrière), continue sa traversée littéraire. Les façons de se penser sont vastes, et chacun de ses romans permet une réflexion autour de la construction de soi. Dans De quoi aimer vivre (2021, Albin Michel), la diversité des points de vue permet la découverte d’un panel de personnages non stéréotypés, de l’ancien boxeur violent à l’amoureux désargenté, de la mère migrante à la femme qui se réinvente tous les jours pour vivre un amour à distance. 

Après plusieurs années d’écriture, Fatou Diome se trouve grandie, mais garde sa liberté et sa gaîté jusque dans son processus d’écriture. 

« J’aime écrire la nuit parce que les sorcières m’invitent sur leurs balais. La nuit, tout ce qui fait peur fait encore plus peur, et ce qui fait plaisir fait encore plus plaisir. Et on n’a pas peur de sa propre folie. Je peux m’amuser comme une petite fille si j’ai envie, ou être sage et avoir la sagesse d’une femme de 90 ans ». (Fatou Diome)

Le recueil de nouvelles s’ouvre avec « Une fenêtre pour les anges ». Il est question de la présence, puis de l’absence d’un être saisi comme un frère. Un hommage à cette personne au grand cœur, devenue personnage fort de sa différence. Une tendresse qui émerge également des autres nouvelles, à travers la construction de personnages à la personnalité toujours un peu bancale et maladroite. 

« C’est quelqu’un qui prend place dans votre vie parce qu’il n’en demandait aucune. Il est ouvert, gentil, fraternel et il a une intelligence du cœur qui fait que tous les éclopés, comme lui, se sentent rejetés par certains regards. Peut-être qu’il a identifié chez moi un vilain petit canard, comme lui-même, mais j’ai surtout vu un être fraternel. » (Fatou Diome)

« La question est de savoir pourquoi on écrit. On écrit comme on passe une main que quelqu’un attrape peut être. Cette présence est contagieuse quand on peut échanger. On écrit par impuissance, que l’on identifie parfois chez les autres. Si l’on peut se rendre compte que notre fragilité est partagée par d’autres personnes, nous aurions plus d’égard les uns vis-à-vis des autres. » (Fatou Diome)

Une grande délicatesse permet à l’écriture de Fatou Diome d’aborder de vastes sujets avec sa vision percutante et sensible. C’est le cas de la figure du boxeur violent, qui permet d’aborder la thématique des violences domestiques. 

« Le Boxeur était ma manière de parler des violences faites aux femmes sans braquer quelqu’un. C’était aussi pour montrer que celui qui a mal et qui pense qu’il doit faire mal se leurre. Quand on a mal, il faut chercher la douceur, ce qui demande du courage. Le boxeur voulait de l’amour mais avec son poing levé il n’a inspiré que la peur. » (Fatou Diome)

Les personnages de Fatou Diome sont à son effigie, uniques et dans une recherche constante d’autrui, pleins de la diversité des rapports possibles au monde. 

« L’identité française, comme je l’ai dit dans « Marianne porte plainte ! », n’est malade que de ses mauvais défenseurs. J’ai un problème avec les gens qui ont des identités malades, construites sur la négation. C‘est la soustraction en permanence alors que je voudrais que l’on fasse des additions. On n’est plus à l’époque de la craniométrie, on sait que nous ne sommes pas des espèces aquatiques. La solidarité, le destin lié… réfléchir à ça me semble beaucoup plus passionnant que de réfléchir à ce qui nous divise. » (Fatou Diome)

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