Entretien avec Neega Mas, rappeur : «Macky est venu, Bolloré est revenu»

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Chroniqueur, informaticien et musicien à la fois, Neega Mass est un artiste engagé qui évolue en France. Venu au Sénégal pour présenter son dernier album, le rappeur-slameur a fait un saut au journal Le Quotidien. Sorti en février 2016 : L’œil invisible, démontre encore une fois l’engagement de Neega Mass pour une Afrique unie et prospère. Dans cet album, l’artiste réitère sa position d’enfant du Nil et de continuateur de la pensée égyptienne de Cheikh Anta Diop et de Marcus Garvey. Il aborde l’actualité en vrai défenseur de la culture nègre et dénonce les dérives des dirigeants africains qu’il considère comme de vrais pions de l’Occident.

Vous êtes informaticien, artiste chanteur, en même temps chroniqueur à Sene­web, parlez-nous de votre parcours, Neega Mass ?
J’ai un parcours assez particulier. Je suis né en France, j’ai grandi au Sénégal. J’ai fait des études en informatique. Je suis ingénieur en informatique, réseaux, sécurité. Je suis chroniqueur à Seneweb. J’ai commencé lors de l’élection présidentielle de 2012. Il y eut en France une forte mobilisation pour le départ de Wade, il n’y avait que la presse étrangère, les journalistes sénégalais étaient absents. J’avais commencé alors à faire des reportages pour le site sénégalais la même année.

Quand est-ce que vous avez commencé à rapper ou à slamer ?
J’ai commencé par faire du rap début 2007. J’ai sorti mon premier album «Brain wash» en 2008, avec un style hip hop/reggae, et un mélange de langues et d’instruments africains. En 2011, c’était l’album Révélations. J’ai eu à collaborer avec des artistes de renom comme Sékouba Bambino, et à assurer les premières parties de Manu Diban­go, Kassav, Sergent Garcia. Mon troisième album, L’œil invisible, est sur le marché depuis février 2016.

Vous êtes au Sénégal pour présenter votre troisième et dernier album : L’œil invisible. Il est composé de 12 titres et vous y évoquez divers thèmes. L’œil invisible fait référence à quoi ?
L’œil invisible est un décryptage de l’actualité africaine dans toutes ses dimensions : comprendre l’histoire, notre présent pour décrypter le vécu. Cet album est une continuité, de ce que j’avais commencé avec mon précédent album : Révélations. J’y aborde des thèmes d’actualité dans leur orientation géopolitique, en ce qui concerne notamment les maladies et le terrorisme (6ème Pilier, Moussiba, Kidal), qui prennent de l’ampleur en Afrique. Je parle de multinationales et de lobbies qui s’organisent dans l’ombre pour piller nos ressources et avoir un œil sur le continent.
L’œil invisible, c’est aussi l’œil du djatt, l’œil de complaisance, l’œil qui scrute, l’œil qui veille et transmet les connaissances, l’œil de l’élévation, du bâtisseur. Dans l’œil invisible, il y a surtout cette dimension spirituelle qui évoque cette histoire originelle de ceux qui ont battu les temples de l’Egypte ancienne (Enfant du Nil).

En islam il y a 5 piliers, vous vous parlez dans L’œil invisible d’un 6ème pilier. Quel est ce 6ème pilier ?
Ce 6éme  pilier s’adresse à toutes ces personnes qui sont là pour poser des bombes et imposer un islam qu’on ne connaît pas. Ces personnes ont inventé un 6ème pilier qui n’a rien à voir avec l’islam que nous connaissons en Afrique. Ce sont ces actes de barbarisme que nous voyons que ce soit au Mali (Kidal), au Niger au Cameroun, en Centrafrique, au Tchad, en Somalie. Ce sont des personnes qui disent que dans l’islam il est permis de violer des femmes et de traiter l’homme noir en tant que bien cheptel. L’islam n’a jamais tenu de tels propos. Nous avons déjà assez de problèmes en Afrique. Nous ne voulons pas de cet islam violent, nous ne voulons pas que ce salafisme s’installe en Afrique. Notre génération luttera farouchement contre.

Dans cet album, nous avons constaté beaucoup de featuring : des Maliens, Mauritaniens. Il y a des morceaux chantés en wolof, français, diolas, peulh… Qu’est-ce qui explique ce mélange ?
Je suis tout, je suis panafricain. Et je prône l’union des peuples d’Afrique pour un projet politique qui va dans le sens de l’unité, l’unité des cultures. On a tracé pour nous des frontières. Il est temps qu’on brise ces frontières, pour en tracer de nouvelles nous-mêmes.

Neega Mass est aussi connu pour ses positions tranchées contre le système colonial mais surtout la classe politique africaine. Est-ce ce qui vous a valu le surnom de «griot panafricain» ?  
Je clash tout le monde ! Il faut que les Africains retournent aux sources de leur patrimoine africain. Dans un morceau comme L’enseigne-ment, je fais allusion à l’enseignement qu’on nous donne en Afrique. Ce n’est pas la réalité, ce sont des personnes qui nous ont colonisés qui ont écrit une histoire qu’on enseigne, malheureusement, à l’école.
On a toujours falsifié notre histoire. Je dis par ailleurs aussi qu’on n’a pas de leader en Afrique. Nos leaders actuels sont des marionnettes de l’Occident. Ils n’ont pas de leadership. Ils n’ont pas cette capacité de dire non à l’Occident et voilà le modèle africain que nous voulons imposer.

Que diriez-vous alors du Président sénégalais Macky Sall ?
Nos dirigeants africains ont tous les mains liées ! Si vous utilisez une monnaie que vous ne produisez pas, si vous utilisez des produits dont vous n’avez pas le contrôle, si vous n’avez aucun contrôle de votre sécurité, de vos sociétés… Aujourd’hui, les sociétés privées au Sénégal ne sont qu’étrangères. On n’a pas le contrôle de nos banques. Comment un Président peut avoir de la crédibilité vis-à-vis de l’Occident et de nos peuples, s’il ne contrôle rien du tout ? Si aujourd’hui, toutes les sociétés françaises qui sont au Sénégal partent, le Président Macky Sall va, à coup sûr, entamer des négociations.

Que faudrait-il faire, à votre avis ?
Il faut avoir le courage de poser d’autres stratégies en mettant en avant notre potentiel. Si on favorise et joue la carte de la concurrence, les choses vont changer. Macky Sall est venu, Bolloré est revenu. Et ne parlons même pas des accords de défense signés avec la France. Une grosse partie de notre territoire ne nous appartient plus !

aly@lequotidien.sn

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