Entretien avec Rokhaya Ngom, activiste pour les droits des femmes

Rokhaya-Ngom

« Il faudrait que la situation des filles et des femmes devienne une priorité pour nos décideurs… »

Extraits de l’entretien

Evolution de la situation des femmes

«  L’évolution générale de la situation des femmes ces dernières années au Sénégal »

« Les inégalités sont visibles dans plusieurs domaines, que ce soit dans le domaine économique, dans le domaine politique ou dans le domaine social.  C’est très désolant. Dans le domaine économique, les femmes ne perçoivent pas le même salaire que les hommes alors qu’elles ont les mêmes postes, les mêmes responsabilités et les mêmes diplômes. Elles se retrouvent avec un salaire inférieur.

Au niveau social, il y a des femmes qui aujourd’hui sont tout le temps battues par leurs maris. Elles vivent des situations très tendues dans leurs foyers mais elles n’osent pas partir parce qu’elles ne pourraient pas se prendre en charge plus tard. Cette dépendance financière fait qu’il y a encore une inégalité au niveau économique et social.

Enfin, au niveau politique au Sénégal, je n’ai pas encore vu une femme présidente. Certaines femmes à l’Assemblée nationale, à part lever la main pour voter, elles ne font pratiquement rien. Je trouve qu’on n’exploite pas assez le potentiel des femmes et c’est dommage. »

Obstacles à l’épanouissement de la femme

« Dans notre société, le simple fait d’être une fille ou une femme peut-être un obstacle … »

« Parfois, l’obstacle le plus marquant est juste le fait d’être une fille ou d’être une femme. On nous dit voilà des choses que vous pouvez faire et que vous ne pouvez pas faire. Si on demande pourquoi, on nous dit parce que vous êtes des filles. C’est un premier obstacle qui est très marquant.

C’est vrai qu’on nous dit que les filles, les enfants et les femmes sont les plus vulnérables. Cela représente un obstacle parce que certaines personnes vont utiliser cette justification pour te ramener à ta condition de fille ou de femme et dresser tout le temps des barrières devant toi. J’ai l’habitude de dire tout est une question de choix.

Si on prend par exemple le phénomène de l’excision, ce sont des femmes qui la pratiquent, on n’a jamais vu un homme mutiler une femme

J’aimerai qu’on me laisse le choix de dire «  je veux être une femme au foyer, je veux faire les tâches ménagères,  je veux aller travailler et faire en même temps les tâches ménagères ou je veux juste travailler, mais que cela reste un choix ».

 Conditions et responsabilité des femmes

« Certaines situations continuent d’être maintenues par les femmes elles-mêmes…»

« Je ne dirais pas que les femmes sont inconscientes de leur situation. Elles vivent ces inégalités au quotidien. C’est juste qu’il y a tellement de poids sociaux et de normes sociales qui pèsent sur elles.  Elles ne peuvent pas du jour au lendemain décider de se lever et dire c’est fini. Il y a également des situations qui sont maintenues par les femmes. Si on prend par exemple le phénomène de l’excision, ce sont des femmes qui la pratiquent, on n’a jamais vu un homme mutiler une femme. C’est aux femmes de porter d’abord ce combat.  C’est une sensibilisation qui devrait commencer au niveau des femmes, leur demander d’être beaucoup  plus solidaires entre elles et de prôner la sororité. »

Décideurs politiques et condition de la femme

«  Les politiques doivent eux-mêmes poser le débat sur la condition des femmes… »

« Je ne dirais pas qu’actuellement ce sont des questions qui ne sont pas prises en compte dans le débat politique ou que les gens ne sont pas assez imprégnés de ces questions parce que forcément on est soit auteur, ou victime de ces situations. Quand je dis auteur, ce n’est pas juste la personne qui met les femmes dans des conditions vraiment déplorables.  C’est également la personne qui voit ces situations et qui décide de ne pas en parler, elle est complice ou auteure.

Si les politiques décident eux-mêmes de poser le débat, cela va amener une conscientisation au niveau du peuple

Je ne dirais pas que nos décideurs sont des complices parce qu’il y a des initiatives qui sont prises pour permettre aux femmes et aux filles d’améliorer leur condition. C’est une situation qui évolue et positivement. Mais quand même, il faudrait que cela devienne une priorité. Si les politiques décident eux-mêmes de poser le débat, cela va amener une conscientisation au niveau du peuple. »

Ma société idéale pour les femmes

« Dans cinq ou dix ans, je me vois vivre dans une société où j’ai le droit de choisir… »

« Dans cinq ou dix ans, je me vois vivre dans une société où j’ai le droit de choisir. Une société dans laquelle si je dis que je veux être Secrétaire générale des Nations Unies que cela se réalise sans obstacles qui soient liés à mon statut de fille ou de femme. J’espère également voir toutes les filles, qu’importe la zone d’où elles viennent, qu’elles soient issues des zone urbaines ou rurales, qu’ elles aient fait des études ou pas, avoir les mêmes chances de réaliser leurs potentiels.  De pouvoir se lever et de se dire qu’elles peuvent être astronautes, femmes au foyer ou médecins, qu’elles peuvent être tout ce qu’elles désirent d’être si on leur laisse le choix… »

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