Etats-Unis : Non, Adji Bousso Dieng n’est pas la première femme noire à enseigner à l’université de Princeton

Adji Bousso Dieng est une informaticienne sénégalaise originaire de la région de Kaolack (centre). Chercheuse spécialisée en intelligence artificielle chez Google, elle a annoncé le 30 août 2020 sur son compte Twitter, qu’elle allait rejoindre l’université de Princeton en tant qu’enseignante à l’Ecole d’ingénieur. Sur son tweet, elle partage en attaché un article de Forbes indiquant qu’elle était la première femme noire à enseigner à l’école d’ingénieur de l’université de Princeton aux Etats-Unis.

Suite à cette annonce, de nombreuses publications sur Facebook (1, 23, 4…), Twitter (1, 2, 3) et des articles de sites d’informations ont affirmé qu’Adji Bousso Dieng devenait ainsi la première femme noire à enseigner à l’Université de Princeton. Africa Check a vérifié si cette information est avérée.

Princeton est une prestigieuse université américaine membre de la « Ivy league », une entité regroupant les 8 meilleures universités nord-américaines. Fondée en 1746, cet établissement n’a pas été très ouvert aux personnes « noires », tant il était impliqué dans la pratique esclavagiste de l’époque. C’est en 1890 qu’un Africain-Américain intègre pour la première fois le corps professoral de Princeton alors que le premier diplômé noir de cette université sera noté en 1947.

Pour autant, Adji Bousso Dieng n’est pas la première femme noire à enseigner dans cette université.

Un démenti de la concernée

Africa Check a contacté cette dernière via la messagerie de son compte Twitter. A la question de savoir si elle était la première femme noire à enseigner à l’université de Princeton, elle répond : « Non, l’article de Forbes ne dit pas cela. Il y a un département d’études afro-américaines avec beaucoup de professeures noires. Je suis la première femme noire enseignante dans l’école d’ingénieur de Princeton en 100 ans d’existence et la première noire enseignante dans le département d’informatique. Il faut lire l’article de Forbes. Tous les autres journaux ont fait leur propre traduction dont je ne suis pas responsable ».

Que dit l’article de Forbes ?

Rédigé en anglais, l’article de Forbes est un portrait qui retrace le cursus d’Adji Bousso Dieng dans le monde de l’informatique. On peut y lire dès les premières lignes qu’elle sera « la première femme noire à enseigner à l’école d’ingénieurs de Princeton. Non seulement Adji Bousso Dieng, une chercheuse sénégalaise en IA (Intelligence artificielle), a contribué au domaine de la modélisation générative et est sur le point de devenir l’une des premières femmes noires à enseigner l’informatique dans l’Ivy League, mais elle aide également les Africains en STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) à raconter leurs propres histoires de réussite ».

Le reste de l’article de Forbes n’a nulle part mentionné qu’Adji Bousso Dieng était la première femme noire à être professeur à l’Université de Princeton.

Que disent les archives de l’Université de Princeton sur la première femme noire à y enseigner ?

Nos recherches sur les bases de données des archives de l’université de Princeton et sur le site du centre des femmes de Princeton n’ont pas été concluantes.

Ainsi, nous avons contacté la Bibliothèque des manuscrits Seeley G. Mudd de l’université pour plus d’informations. April Armstrong, assistante chargée des collections spéciales de la bibliothèque nous explique qu’il leur est impossible de déterminer avec exactitude qui est la première femme noire à enseigner à l’université de Princeton. « Avec des questions comme celle-ci, nous faisons toujours savoir que nous sommes conscients que nos dossiers sont incomplets, et il existe toute une série de facteurs qui font qu’il est finalement impossible d’affirmer avec certitude qui pourrait être la « première » personne dans un groupe démographique », nous renseigne-t-elle en nous référant à cet article de blog qu’elle a rédigé sur le « problème des premiers : le silence des archives et le personnel noir à l’université de Princeton ».

Difficile de déterminer qui est la première femme noire à enseigner à l’université de Princeton

April Armstrong renchérit : « Adji Bousso Dieng n’est certainement pas la première femme noire à enseigner à l’université de Princeton. Bien que j’aie vu des articles affirmant qu’elle est la première femme noire membre du corps enseignant de l’école d’ingénieurs, c’est une affirmation que nous ne sommes pas en mesure d’évaluer pour le moment. Cependant, Marguerite Barnett était professeur à la School of Policy and International Affairs, alors appelée Woodrow Wilson School, au milieu des années 1970, par exemple, et il y a eu et il y a maintenant beaucoup d’autres femmes noires à la faculté de l’université de Princeton ».

Toutes ces informations prennent le contrepied de ceux qui affirment qu’Adji Bousso Dieng est  la première femme noire à intégrer l’université de Princeton en tant qu’enseignante.

-Dieynaba Thiombane

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