Si la diaspora africaine est aujourd’hui considérée comme la « sixième région » d’Afrique, c’est parce qu’on ne peut plus ignorer aussi bien son poids démographique, économique que politique.
En effet, cette diaspora est forte de 16 millions de personnes en Amérique du Nord, 112,65 millions en Amérique latine, 13,56 millions aux Caraïbes et 3,51 millions en Europe. 
Son poids économique est indéniable. Ainsi, en 2014, près de 120 millions d’africains ont reçu 60 milliards dollars américains envoyés par 30 millions d’africains de la diaspora. Le montant des « remesas », qui est en constante augmentation, est donc supérieur à l’aide publique au développement (estimée à 56 milliards de dollars en 2014) et aux investissements directs étrangers (atteignant les 50 milliards de dollars).
Ces fonds, provenant des Etats Unis, de France ou encore de l’Arabie Saoudite, sont d’abord dirigés vers le Nigeria (21 milliards de dollars, 31,4 % des flux de migrants entrants sur le continent), suivi de l’Égypte (19,6 milliards de dollars, 29,5 %) et du Maroc (6,9 milliards de dollars, 10,5 %).

Le poids démographique et économique de la diaspora africaine, associé aux liens étroits entretenus avec les pays d’origine, font de cette diaspora une manne financière capable de grands changements économiques sur le continent, à condition d’être exploitée intelligemment. Et c’est précisément sur ce point que l’on mesure le chemin qui reste à parcourir afin de permettre à la diaspora africaine de jouer un rôle aussi important que la diaspora asiatique dans l’émergence économique asiatique.

L’état des lieux des services financiers destinés à la diaspora africaine montre que cette manne financière est sous-valorisée…
En l’absence d’une offre financière sophistiquée et adaptée aux besoins de la diaspora africaine, les remesas sont très largement destinées à assurer aux proches restés en Afrique la satisfaction de leurs besoins de base et de leurs besoins courants comme les frais de santé, le logement ou encore l’alimentation.
In fine, on estime à seulement 10% le pourcentage moyen des remesas investi dans des projets ou produits d’épargne, alors que cette moyenne atteint les 30% au niveau des pays asiatiques. Cette faible moyenne contraste avec le dynamisme de la diaspora africaine qui a prouvé à plusieurs reprises son savoir-faire en matière d’entrepreneuriat et d’innovations sociales et techniques.
Rappelons par ailleurs que la diaspora africaine a souvent comme seules options le transfert de fonds par les canaux informels ou le recours à des agences de transferts d’argent comme MoneyGram. Or ces mêmes agences imposent des coûts d’envoi parmi les plus élevés à l’échelle mondiale et présentent en moyenne 12,4% des remesas. Les directeurs de ces agences expliquent ces coûts élevés par la prédominance des agences physiques, beaucoup plus nombreuses que les canaux numérisés, ainsi que par des régimes fiscaux et administratifs contraignants.

…Or, des solutions existent pour faire de la diaspora africaine un puissant moteur de la croissance et de la modernisation africaine.

La première étape serait d’encourager le transfert de fonds via des canaux formels et ce en convainquant les agences de transferts de fonds de baisser les coûts des transferts. D’après la Banque mondiale, baisser le coût des transferts à 5% pourrait faire économiser quatre milliards de dollars à la diaspora africaine. Augmenter l’attractivité des canaux formels de transferts de fonds permettrait d’affaiblir l’économie souterraine et ses dérives (en matière de financement de réseaux terroristes ou de réseaux d’exploitation humaine) et de donner aux Etats Africains une plus grande visibilité sur l’état de leur économie nationale.

Ensuite, il est grand temps de penser la « bibancarisation » de la diaspora africaine en y incluant les offres des banques d’investissement. La diaspora africaine a besoin d’une banque capable de faire le pont entre son pays d’accueil et son pays d’origine et de mettre à sa disposition des produits financiers destinés aussi à l’investissement dans les secteurs productifs et au financement des projets entrepreneuriaux. Une gestion intelligente des remesas dans des projets d’investissement insufflera du dynamisme aux économies locales, créera des emplois et contribuera à résorber la pauvreté. La diaspora africaine a déjà prouvé sa volonté d’investir dans l’avenir des pays africains : l’argent envoyé par la diaspora malienne en France a financé la construction de 60 % des infrastructures maliennes en investissant environ 3 millions d’euros sur 10 ans.

Dans cette perspective, les banques ont un rôle de premier plan à jouer mais doivent d’abord repenser leur offre bancaire destinée à la diaspora pour mieux tirer profit de son savoir-faire et son poids financier.
Ainsi, plusieurs banques africaines proposent déjà des offres à l’adresse de la diaspora africaine, mais cette offre ne prend pas en compte l’extrême diversité des profils au sein de cette diaspora. Une offre par exemple à destination des marocains résidents à l’étranger, propose les mêmes services à des clients aux ressources financières différentes et aux capacités d’investissement contrastées.
Cette offre doit aussi être simple à gérer, et la digitalisation des banques ainsi que le mobile-banking sont des solutions possibles pour permettre à la diaspora de gérer ses comptes à distance et de suivre ses investissements de manière efficace, continue et non onéreuse.