Foot – Intégration en Premier League : Défenseurs sénégalais, le désamour british

L’OBS –  Réputés pour leur rigueur dans les autres championnats, les défenseurs internationaux sénégalais s’éloignent, en Angleterre, des valeurs qui font leur charme ailleurs. Ils n’y sont plus une priorité.

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Entre la Premier League et les défenseurs sénégalais, la relation est conflictuelle. De 2002 à maintenant, très peu de Sénégalais ont fait le mur dans ce championnat réputé être le meilleur au monde. Diagne Faye et Ibrahima Sonko ont été les précurseurs, mais tous les autres qui ont tenté de suivre leurs pas se sont perdus dans les jardins anglais. Même le roc, Souleymane Diawara, au summum de son art, n’a pu ancrer ses empreintes. Après des années bien remplies en Ligue 1, le défenseur sénégalais aux gants noirs est allé «goûter» à ce championnat qui l’excitait. Mais en Premier League, l’ancien joueur de Sochaux (2003-2006) n’a été que l’ombre de lui-même. Conséquence : il est retourné sur ses pas, en Ligue 1, au bout d’une saison cahoteuse à Charlton. A l’origine de son échec, son inadaptation au jeu anglais. «En Angleterre, disait Diawara, ils aiment beaucoup le jeu long et moi, j’arrivais du championnat de France, avec mes habitudes d’évoluer dans une équipe (Sochaux, Ndlr) qui jouait au ballon. Ça ne leur plaisait pas trop, mais sans qu’on me le dise franchement. C’est via la presse que j’ai appris qu’on me trouvait trop lent.» Il ajoutait : «J’ai néanmoins apprécié l’intensité du jeu et l’agressivité qui caractérisent cette culture.» Charlton en deuxième division, Diawara à Bordeaux en 2007, l’univers entre les défenseurs sénégalais et la Premier League s’élargit. Il a fallu attendre 2013 pour voir un «lion» défenseur débouler en Angleterre. Mais comme Diawara à Charlton, Kader Mangane a vécu l’enfer à Sunderland où il était arrivé en prêt. Le rugueux défenseur du Stade rennais en France a traversé une saison frustrante en Premier League, passée en marge du onze de départ (deux matches disputés) et parfois même hors du groupe. Ayant du mal à se caser dans ce championnat, Kader s’est finalement cassé. Direction : la Turquie, à Kayseri Erciyesspor puis Gazélec Ajaccio, promu cette saison en L1.

«Le Sénégalais, généralement, n’est pas bon défenseur»

Après, d’autres défenseurs sénégalais ont tenté le pari, mais leur réussite est loin d’être certaine. Djilobobji a traîné son spleen à Chelsea, avant d’aller chercher du temps de jeu à Werder Brême, en Allemagne. Pape Ndiaye Souaré (Crystal Palace), le seul à tenir son rang, a eu droit à un pouce levé du double Ballon d’or africain. El Hadji Diouf : «Il s’en sort pas mal. Avant lui, Diagne Faye n’était pas respecté en France, il s’est battu en Angleterre pour devenir le défenseur monstrueux qu’il fut. Mais ce n’est pas évident de réussir en Premier League. On a vu David Sommeil (ancien joueur de Bordeaux, 2000-2003, Marseille, 2004 et Valenciennes, 2007-2009). Très bon en Ligue 1 (vainqueur de la coupe de la Ligue en 2002), avait même porté les couleurs de l’Equipe de France, mais en Angleterre (à Manchester City, 2003-2006, puis Sheffield en 2006-2007), il sommeilla et eu toutes les peines du monde à sortir de sa torpeur. Sénégalais ou français, les défenseurs qui viennent en Premier League pèchent du fait qu’ils ne supportent pas la pression. C’est d’abord une question de mentalité. Ensuite de culture : en Angleterre, on ne fait pas de marquage en zone, c’est man to man (chacun son homme).»

La thèse d’El Hadji Diouf a l’adhésion totale du directeur technique national. Mayacine Mar qui définit le défenseur sénégalais comme un footballeur de «grande taille qui mise plus sur l’aspect technique que sur les compétences défensives», est d’avis que «le Sénégalais, de manière générale, n’est pas bon défenseur.» Son explication est toute simple : «Il rechigne au marquage serré, rapproché et privilégie le marquage éloigné : anticipation, interception. Ils (les défenseurs sénégalais) ne vont pas sur le porteur du ballon. Ils miment seulement. Ce n’est pas qu’ils sont incapables de le faire, ils sont juste fainéants. C’est lié à notre profil de football : on ne joue que quand on a le ballon. Quand on ne l’a pas, on ne cherche pas à le récupérer. On laisse le soin à un type de récupérateur comme les Brésiliens qui font de l’anticipation-interception, mais pas dans le marquage homme à homme. En Angleterre, il faut aller au duel : aérien, au sol, tacler, contrer, charger.»

«S’inspirer de John Terry»

«Nos défenseurs aiment jouer, prendre du plaisir. Et en Premier League, la première chose qu’on leur demande, c’est de bien défendre, être costauds pour gagner des duels», poursuit Dioufy. Contrairement en France, fait remarquer Ibrahima Sonko, ancien défenseur de Reading, «où c’est plus tactique : 4-4-2 ou 4-5-1 et où dans un système, les gens qui sont devant la défense, respectent leurs positions, en Angleterre, le défenseur se retrouve facilement en situation de un contre un, toutes les cinq minutes. Les équipes s’engagent à l’avant, les latéraux montent, le défenseur doit savoir défendre en un contre un : savoir ne pas reculer, savoir contrôler son adversaire, savoir se battre.» Être costaud, pour paraphraser El Hadji Diouf. «Mais, précise l’ex-joueur de Liverpool (2002-2004) et de Bolton (2005-2008), cela ne veut pas dire prendre des kilos pour être lourd. Il faut être rigoureux avec soi-même, comme l’est John Terry. Malgré son âge, il est encore là, présent sur les défis physiques.»

«En Angleterre, c’est des courses et des duels à outrance»

A côté du légendaire sociétaire de Chelsea, élu meilleur défenseur de l’année en 2005, 2008 et 2009 par l’Uefa, Henri Camara, un autre «Lion» de 2002, longtemps pensionnaire de la Premier League, cite en exemple «Joseph Ikpo Yobo (ancien joueur d’Everton 2002-2012, actuellement à Norwich) et Rio Ferdinand (Manchester United 2002-2014). Ces défenseurs  se font sentir en duel. Ils sont tellement monstrueux qu’on les entend venir.» Le lapin flingueur qui s’est toujours appuyé sur sa vitesse, pour se tirer d’affaire, conseille aux défenseurs sénégalais «d’être physiquement au top pour tirer leur épingle du jeu, une fois en Angleterre. Là-bas, c’est des courses et des duels à outrance. Pendant 90 minutes, le défenseur aura des appels au dos.» Ces balles plongées sont véritablement cauchemardesques pour les défenseurs sénégalais. La preuve par la Can 2012, avec le premier match perdu (1-2) devant la Zambie, coachée, à l’époque, par Hervé Renard. L’entraîneur français qui avait fini champion d’Afrique, cette année, avait élaboré une méthode qui s’apparentait au jeu anglais, pour battre les «Lions», favoris de cette rencontre : «On savait que pour marquer, il fallait jouer dans leur dos, parce qu’ils ont des joueurs très forts. On l’a fait à la perfection. J’ai mis deux attaquants capables de plonger dans leur dos. Je connais par cœur les Sénégalais, des joueurs très athlétiques, comme Diawara et Mangane, qui ont parfois un peu de difficulté à être rapides dans leur dos.»

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