France : Procés de la sénégalaise Fabienne Kabou qui a tué sa fille de 15 mois ou la Spirale mensongère

VIDÉO – À la barre pour avoir noyé sa fille de 15 mois sur une plage de Berck, l’accusée a montré un visage contrasté au premier jour de son procès.

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Fabienne Kabou prétendait avoir commencé une thèse de doctorat de philosophie: c’était faux, elle n’avait obtenu qu’un Deug. Fabienne Kabou n’avait jamais dit qu’elle avait emprunté 40.000 euros à son compagnon, Michel Lafon, officiellement pour aider sa mère à réaliser un projet immobilier, en réalité pour consulter des marabouts: il est à craindre que ce ne soit vrai.Au premier jour de son procès, cette jeune femme de 39 ans aux traits fins et incroyablement juvéniles, accusée d’avoir noyé son bébé de 15 mois sur une plage de Berck en novembre 2013, apparaît sous un jour contrasté. Elle a une voix douce, une aisance à parler et un vocabulaire choisi qu’on entend rarement sortir d’un box. Ses relations difficiles avec son père, traducteur dans une organisation internationale, la gêne qu’elle éprouve vis-à-vis de l’hérédité, dans un sens comme dans l’autre, émeuvent. Elle parle de l’«assassinat» d’Adélaïde, qu’elle reconnaît avoir commis. Elle dit: «Les deux années qui ont précédé l’assassinat de ma fille ont été les pires de ma vie.» Elle émeut encore, mais, déjà, intrigue: comment une mère peut-elle se sentir mieux après avoir tué son enfant?

«Spirale mensongère»

Dès qu’elle est pressée de questions, elle dérape. La voix veloutée grimpe dans les aigus, le ton se fait cassant. Fabienne Kabou, à laquelle les spécialistes prêtent un quotient intellectuel très élevé (135), se défend mal. Patauge quand elle feint de n’avoir pas su qu’elle n’avait pas obtenu sa maîtrise, puis admet avoir menti à son concubin en prétendant préparer une thèse de doctorat – un de ses anciens professeurs a déclaré aux enquêteurs que l’étude d’une «philosophie qui ne parle pas d’elle» constituait «un masque». Fabienne Kabou parle d’une «spirale mensongère» dont elle aurait été prisonnière jusqu’à son crime, mais on se demande si elle en est aujourd’hui libérée.

Les psychiatres, qui seront entendus mercredi, ont estimé que le discernement de l’accusée était sérieusement altéré au moment des faits. La voici justement qui parle de sorcellerie, et des «intrigues» qui la hantent à partir de 2010. De ses «pieds martelés» qui l’empêchent de marcher ; de sa tête, qui ne tient plus droit sur son tronc ; «les murs qui tonnent» au domicile de Saint-Mandé. «Quand j’ai dit à Michel qu’il fallait que je me soigne, il m’a ri au nez, affirme-t-elle. J’ai dû lui mentir pour qu’il me prête 40.000 euros – je dois d’ailleurs rembourser avec un taux d’intérêt de 8 %.»

Un évident désordre psychologique

Adversaire numéro un de la femme double qui encourt la perpétuité, l’avocat général Luc Frémiot annonce la couleur: pas de quartier. Très offensif, il la pousse à bout. «Ne dites pas n’importe quoi», s’emporte-t- elle, produisant un effet désastreux qui n’échappe pas à son avocat, Me Fabienne Roy-Nansion. Assis face au box, trois avocats d’associations de défense de l’enfance, professionnels routiniers de la partie civile quand la presse est présente, guettent leur proie. Géographiquement décalés, le père et la mère de l’accusée, assis très loin l’un de l’autre, ainsi que Michel Lafon, se sont aussi constitués parties civiles, moins pour accabler que pour comprendre. Les grands-parents d’Adélaïde n’avaient pas revu leur fille depuis une dizaine d’années ; ils la retrouvent aux assises. Ils ont appris la naissance de la fillette en même temps que les circonstances de sa mort.Fabienne Kabou a une semaine pour s’expliquer. Sa pire ennemie? C’est son intelligence, pervertie par un évident désordre psychologique: quand elle est précise, on la trouve froide ; quand elle ne l’est pas, on la voit méprisante. Dans un box, un QI de 135 ne sert à rien: face à des jurés, mieux vaut sans doute être sot quand on entend tonner les murs et qu’on prend des billets de train pour aller noyer son bébé, un soir de novembre, sur une plage de Berck.

« Je n’avais pas le choix », a assuré au deuxième jour de son procès Fabienne Kabou ce mardi, accusée d’avoir assassiné sa petite fille. 

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