Guy Marius Sagna : un héros est né, la sympathie des sénégalais

L’activiste Guy Marius Sagna. Photo/Ouestafnews

Ouestafnews- Après un mois de détention, l’activiste Guy Marius Sagna a bénéficié le 16 août 2019 d’une liberté provisoire. Il est accusé d’avoir lancé une «fausse alerte au terrorisme». La détention de M. Sagna a suscité une forte mobilisation de la société civile qui a dénoncé un acte «arbitraire». Retour sur le parcours d’un activiste présent sur presque tous les fronts.

«Si je devais tout de go organiser une manifestation à 3H00 du matin, la première personne que j’appellerai, c’est Guy Marius». Ce témoignage sans ambages de Pape Diam, autre activiste qui a cheminé avec Guy Marius Sagna, en dit long sur l’engagement de ce dernier.

Les deux ont milité au sein du collectif «Non aux APE», mouvement citoyen qui pendant longtemps a porté la lutte contre les Accords de partenariat économique que l’Union européenne a négocié pendant plus d’une décennie avec les pays d’Afrique.

«On s’est maintes fois engueulé durant nos réunions, souvent on était en désaccord sur les manières de procéder, le lendemain il a oublié», souligne Pape Diam qui se souvient d’un débatteur «coriace» mais «courtois».

Travailleur social dans la fonction publique sénégalaise, Guy Marius est un activiste à la trajectoire éclectique mais logique. Marié et père d’un enfant, il a tellement mis ses combats en avant qu’on en finit par oublier qu’il a derrière lui sa petite famille.

Du collectif Non aux APE au contre-sommet de la Francophonie en 2014, en passant par le mouvement patriotique  «Moom Sa Rew», Guy Marius a pris part à presque tous les grands combats citoyens depuis 2012. Ses grandes causes : la justice sociale et l’anti-impérialisme.

Anti-impérialiste

«Je ne suis pas contre la France mais contre l’impérialisme français», a tenu à préciser un jour Guy face à une journaliste française. La précision n’est pas vaine au regard des critiques qui fusent à l’égard du mouvement «Frapp-France Dégage». Frapp pour «Front révolutionnaire anti-impérialiste et panafricain».

Explications de Daouda Guèye, un autre des compagnons de Guy Marius Sagna et membre de ce mouvement : «on était taxé à tort de chauvins, de radicaux mais les gens n’ont pas compris que France Dégage était une campagne et que le mouvement s’appelle en réalité Frapp». Mis en place en 2017, Frapp regroupe 17 organisations dont Urgence Panafricaniste du bouillant et controversé activiste franco-béninois, Kémi Séba. Guy Marius en est devenu le porte-flambeau le plus visible, sans en être le leader, du point de vue statutaire.

«France dégage ne signifie pas «Français dégagez», nous parlons de l’Etat français qui est selon nous un Etat impérialiste», souligne Guy Marius Sagna. Et c’est sur la base d’un communiqué publié par ce mouvement, qui s’en prenait à la France sur la question du terrorisme qu’il sera envoyé à la prison de Rebeuss, du nom du vieux quartier populaire de Dakar qui abrite la prison.

Même si c’est avec le combat de Sagna contre l’impérialisme et l’ancien colonisateur français qu’il devient populaire, il n’a pas démarré avec ça, comme le prouve son implication dans plusieurs autres combats lancés par la société civile sénégalaise depuis près d’une décennie. Bien avant la naissance de Frapp-France dégage, Guy Marius Sagna avait déjà marqué certains esprits. A l’époque son visage n’était pas encore familier aux Sénégalais comme il l’est aujourd’hui.

En 2014 à Sédhiou (sud du Sénégal), où il servait comme assistant social, il avait convoqué une presse pour dénoncer le détournement des ressources de l’hôpital régional où il travaillait. Ceux qu’ils dénonçaient ne furent pas sanctionnés. Lui fut muté à Dakar et jeté dans un «petit bureau où il n’y a ni eau ni électricité», selon ses témoignages. Cela ne fera que raffermir son engagement.

L’année précédente, il s’était fait arrêter à Tambacounda (est du Sénégal) lors d’une marche de soutien à des enseignants grévistes. Depuis, on l’a vu sur plusieurs fronts dont les plus en vue sont ceux contre «l’impérialisme français».

«Durant la crise préélectorale en fin 2011 et 2012, Guy était en poste à Tamba et il avait réussi à fédérer tous les mouvements de contestation opposés au 3ème mandat de Abdoulaye Wade»,  témoigne Pape Diam. Lui aussi très proche de Sagna, Daouda Gueye, enseignant et activiste, parle de Guy Marius Sagna comme d’un homme «attaché à des principes».

Interpellations à la pelle

«Courtois», «attaché à des principes», selon ses camarades de lutte, mais surtout engagé et présent sur tous les fronts. Au point que ses interpellations par la police ne se comptent plus.

Les interpellations : c’est d’ailleurs ce que retient de lui le commun de Sénégalais qui ne voit M. Sagna que de loin. Posez la question à l’intéressé lui–même sur le nombre de fois qu’il a été interpellé, vous aurez comme toute réponse un sourire. Il ne donne pas de chiffres, mais il a son explication. «Nos manifestations sont systématiquement interdites et nous sommes systématiquement gardés à vue», déclare-t-il à Ouestaf News.

Les gardes-à-vue, Guy en compte plusieurs dizaines mais sa dernière, au mois de juillet 2019 fut une toute autre histoire. Il allait cette fois-ci être inculpé et placé en détention provisoire. Une arrestation qui allait le propulser au devant de l’actualité pendant des jours. Elle lui ouvrira aussi les portes de la «reconnaissance» et d’une plus grande notoriété. Dès sa libération, les programmes les plus en vue, des médias audiovisuels sénégalais, s’arrachent sa présence sur leur plateau.

Dans son boubou traditionnel beige, le sourire aux lèvres, Guy Marius relate à Ouestaf News le film de cette énième arrestation, qu’il assimile à une «stratégie d’intimidation».

Pour Guy, la volonté de museler son organisation, Frapp-France dégage est clair : au moment où l’activiste entrait à la prison, un autre membre du même mouvement venait juste d’être libéré après un mois de détention.

L’incarcération de Guy Marius Sagna, jugée arbitraire par ses partisans et par une grande partie de l’opinion sénégalaise, va indigner le pays. Sur les réseaux sociaux, une grande campagne est lancée en sa faveur. Et comme c’est souvent le cas en pareille circonstance, le gouvernement en voulant le réduire au silence, l’a transformé en… héros. Au point qu’Amnesty international a lancé en sa faveur une campagne internationale pour sa libération. Ce n’était jamais arrivé pour un détenu sénégalais depuis plus de vingt ans !

Militantisme précoce

Pour comprendre l’engagement de cet activiste énergique, imbu d’idéaux de gauche, il faut remonter à son adolescence. C’est à cette époque qu’il côtoie un de ses oncles, «membre d’une organisation» de la gauche révolutionnaire.

C’est là que petit à petit, il s’abreuve de théories marxistes léninistes et s’imprègne des idéaux anti-impérialistes. C’était aussi la voie à l’adhésion à des organisations politiques de la gauche radicale : Ferniente et Yoonu askanwi. Ce dernier est une formation politique né des flancs du Parti Africain pour la Démocratie et le Socialisme (AJ/PADS) crée en 1991.

Ce passé de gauchiste anti-impérialiste, déteint encore sur la mentalité teigneuse de l’activiste réputé qu’il est devenu. Aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, ses camarades sont unanimes à saluer son courage. En témoigne son engagement radical contre l’impérialisme français,qui l’a conduit en prison.

De son séjour à la prison, M. Sagna sort scandalisé par la surpopulation carcérale et par les conditions de vie des détenus, à tel point qu’il parle de Reubeuss comme d’un «naufrage humain».

Mais loin de s’apitoyer sur son sort, l’activiste sort de cette expérience avec un nouvel engagement : dénoncer le caractère «dégradant» de la vie dans cette prison dont on évoque le surpeuplement depuis des années, sans que l’Etat n’y apporte une solution. Un autre front pour quelqu’un qui n’a jamais fini de chercher de nouvelles causes à défendre.

A peine libéré, Guy Marius Sagna allait de nouveau être interpellé et gardé pendant quelques heures dans un commissariat de Dakar. Cette fois-ci, il manifestait avec les employés du PCCI, un «call centre» établi à Dakar et dont les employés réclament le paiement de leurs arriérés de salaire. Il allait se joindre à eux. Et voilà tout Guy. Toujours présent au front. Toujours sur le terrain pour peu qu’il y ait une cause à défendre.

MN-ts/on

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