Italie : la fusillade raciste qui enflamme la campagne électorale

Un Italien soupçonné d’avoir tiré sur des étrangers arrêté
Un jeune Italien au crâne rasé et sympathisant de l’extrême droite a été arrêté samedi à Macerata, dans le centre de l’Italie, après une fusillade ayant visé des étrangers et qui a fait plusieurs blessés.

VIDÉO – Un sympathisant d’extrême droite a fait samedi à Macerata six blessés, tous d’origine africaine, au nom de «l’Italie aux Italiens». 

Samedi en fin de matinée, une vingtaine de coups de feu tirés par un exalté d’extrême droite ont enflammé la campagne électorale. Luca Traini, un géomètre de 28 ans, a blessé six Africains, cinq hommes et une femme, rencontrés au hasard de sa folle course en voiture à bord de sa Fiat 147 dans les rues de Macerata, ville tranquille de 43.000 habitants en bordure de l’Adriatique, dans la région des Marches.

L’individu était connu pour fréquenter des groupuscules néofascistes. L’an dernier, il s’était porté candidat de la Ligue du Nord aux élections locales, sans grand succès. Ancien videur de boîtes de nuit au crâne rasé, affilié à un stand de tir, lecteur de Mein Kampf, l’énergumène a fait feu avec son Glock.9×21 contre une discothèque de banlieue, puis dans le centre de Macerata contre un groupe d’Africains devant un supermarché, avant d’abandonner son véhicule devant le monument aux morts. Rejoint par les carabiniers, il s’est laissé arrêter sans résistance, se contentant de crier, enveloppé d’un drapeau tricolore: «l’Italie aux Italiens» et «dehors les Noirs».

Aux policiers, il a expliqué avoir voulu venger Pamela Mastropietro, jeune fille de Macerata victime d’un horrible fait divers qui a bouleversé toute l’Italie. Son corps scié en deux avait été retrouvé trois jours auparavant dans deux valises abandonnées dans une rue du centre. Cette esthéticienne de 18 ans s’était échappée il y a une dizaine de jours d’un foyer de réinsertion sociale. Un suspect nigérian, demandeur d’asile et dealer, a été interpellé.

Pour le leader de la Ligue (ex-Ligue du Nord) Matteo Salvini, «la responsabilité morale de la fusillade incombe à ceux qui ont rempli le pays de réfugiés». Certes, ajoute-t-il, «quiconque ouvre le feu est un délinquant», mais la multiplication des clandestins «encouragée par le gouvernement et la gauche» est, à ses yeux, la seule responsable de l’exacerbation des passions: «C’est elle qui sème la haine et la violence. Si l’immigration était contrôlée, ces épisodes ne se produiraient pas.»

«La haine et la violence ne parviendront pas à nous diviser. Les criminels seront poursuivis et punis, comme le prévoit la loi. Force restera à l’État» Paolo Gentiloni, le président du Conseil

Dans ce climat exacerbé à un mois des élections générales, Matteo Salvini, qui veut devancer Silvio Berlusconi pour conquérir le leadership du centre droit, ne manque pas une occasion d’attiser la haine raciale. Il traite de «peccadille» le fait que de jeunes militants de la Ligue aient brûlé en effigie la présidente de la Chambre des députés Laura Boldrini, ardente défenseuse des droits de l’homme et originaire de Macerata, ou encore publient des photomontages d’elle, égorgée ou décapitée. Il ne rechigne pas au soutien que «CasaPound», un groupuscule néonazi, apporte à certains de ses meetings. Il ne s’indigne pas non plus que certains de ses propres élus aient formulé des propos offensants lors de la célébration de la «Journée du Souvenir» ou encore que la mémoire d’Anne Frank ait été vilipendée lors de rencontres de la Lazio, club de football de première division de Rome qui recrute ses supporteurs parmi l’extrême droite.

Pour le président du Sénat, Giovanni Grasso, candidat aux élections sous l’étiquette de la formation de gauche Libres et Égaux, Matteo Salvini«ne fait qu’envenimer la haine et la violence en capitalisant sur ces tragédies humaines à pure fin électorale». «Qu’il s’arrête avant de déclencher une guerre civile», renchérit un député de gauche, Benedetto Della Vedova. Quant à Silvio Berlusconi, sans désavouer son allié Matteo Salvini, il «condamne le geste d’un déséquilibré», mais «attire de nouveau l’attention sur le problème de la sécurité dans les villes».

Paolo Gentiloni, le président du Conseil, a réagi avec fermeté. Abandonnant un forum électoral, il a regagné en hâte le Palais Chigi pour s’informer en direct des événements de Macerata avant de réagir en proclamant: «La haine et la violence ne parviendront pas à nous diviser. Les criminels seront poursuivis et punis, comme le prévoit la loi. Force restera à l’État.»

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