Jeux de la Francophonie à Abidjan : Focus sur les porte-drapeaux de la créativité sénégalaise

Jeux de la Francophonie à Abidjan : Focus sur les porte-drapeaux de la créativité sénégalaiseLe Sénégal sera bien représenté lors des 8e Jeux de la Francophonie qui se déroulent du 21 au 30 juillet prochain à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Des artistes et créateurs sénégalais, cette année, mettront en lumière la créativité sénégalaise et tenteront d’obtenir, pour la première fois, des distinctions dans 11 des 12 disciplines culturelles et de création programmées durant ces jeux. Nous présentons, ici, huit de ces 11 artistes et groupes.

Balla Ndao, sculpteur : Un génie du fer
Balla Ndao est un sculpteur autodidacte riche de plus d’une décennie de pratique. Sa particularité est qu’il ne soude pas le fer. Il l’attache de ses mains agiles. N’a-t-il pas dit lui-même ceci : « Quand je voyage, je n’apporte rien à part ma trousse ». Ce sont les faveurs du Ciel qui le guident dans ses pérégrinations. Le natif du Djolof décline sa vision du monde et délivre message universel qui part de la singularité à la généralité des choses, des êtres pour lire entre eux le néant empli de sens. La « Récréation », une de ses œuvres, en atteste largement. Récemment, l’humaniste a exposé ses œuvres sculpturales à l’espace Poulet de Gruissan à Paris. A travers « Le voyage africain », il porte un regard venu d’Afrique sur une humanité tant par ses vicissitudes que par les beautés qu’elle donne à voir. Il prépare actuellement une autre exposition en France, terre qu’il a si souvent enchantée, avec des œuvres monumentales de 7 mètres de hauteur et 12 mètres de longueur.

Mbaye Babacar Diouf, artiste plasticien : Un magicien de la calligraphie
Il fait aujourd’hui la fierté du Sénégal dans le domaine des arts plastiques. Mbaye Babacar Diouf participe actuellement à la grande exposition « Trésors de l’Islam en Afrique » de l’Institut du monde arabe à Paris ouverte jusqu’au 30 juillet prochain. Cette exposition retrace les processus de transmission et d’appropriation de l’Islam par les peuples africains. Produit de l’Ecole des Beaux-Arts de Dakar, Mbaye Babacar Diouf est titulaire d’un master de l’Institut supérieur des Arts et des Cultures (Isac) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Son travail, s’inspirant de la richesse graphique des signes, rappelle ses souvenirs d’enfance de l’école coranique. L’œuvre de Babacar est une sorte de quête d’harmonie et d’équilibre. Magicien de la calligraphie arabe, il rend hommage à cette forme d’écriture qui a permis à l’humanité de fixer son histoire dans le temps de l’éternité et de léguer un message à la postérité. Né en 1983 à Rufisque, l’artiste s’est intéressé, depuis l’enfance, au dessin, en gribouillant ses cahiers d’écolier. C’est ainsi que l’art va occuper une bonne partie de son temps. En 2010, il a tenu sa première exposition dans le cadre de la programmation « Off » de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar. Par la suite, il est invité à l’exposition « Off » de cette biennale en 2014 et dans le « In » en 2016. Membre de l’équipe nationale de karaté, le jeune plasticien comptabilise actuellement une vingtaine de médailles dans cette discipline. Mbaye Babacar Diouf représentera le Sénégal aux prochains Jeux de la Francophonie dans la discipline peinture.

Crazy Eléments, danse urbaine : Les fous « voltigeurs »
Ils ont du talent. Ils sont agiles, gracieux et ont fini de dompter leurs corps en constante métamorphose sur les scènes qu’ils déchirent de leurs prouesses. « Crazy Elements », groupe de danse urbaine qui a fusionné avec deux autres formations, a été créé en 2005. Ben-J, qui a blanchi sous le harnais, en est la figure de proue. A l’occasion du Battle national de danse hip hop organisé à Kolda en 2016, cette bande de « bateleurs » a remporté le « Battle of the year ». C’est également le premier groupe sénégalais qui a participé à la coupe du monde de break dance en Allemagne, en 2014. Aujourd’hui, ces jeunes marchent sur les plates-bandes des nations fortes de cette discipline artistique comme l’Afrique du Sud et le Maroc. Ils ont, par leur maîtrise et leur persévérance, fait découvrir au monde le génie sénégalais en la matière. Les membres de « Crazy Elements » s’emploieront sans doute à montrer toutes les facettes de leur art lors des 8e Jeux de la Francophonie qui se déroulent à Abidjan. Dans une de leurs performances, ils rendront hommage au défunt percussionniste Doudou Ndiaye Rose.

Awa Moona Yanni, chanteuse : Une voix de l’Afrique
Sa voix puissante accroche les mélomanes dès les premières secondes de sa prestation. A ce don, s’ajoute une présence, une aisance scénique devrait-on dire, qui est le prototype des grands artistes. Awa Moona Yanni dégage une énergie débordante. Elle est un talent à l’état pur. Née à Cotonou d’un père Sénégalais et d’une mère franco-togolaise, Moona évolue, depuis 2011, dans le milieu hip hop. On l’a très tôt prédestinée à une carrière musicale avec un père mécène, musicien, amateur de jazz et de musique classique. La chanteuse a été également influencée dans sa tendre enfance par divers styles musicaux à l’image du Ragtime, du Rythm and blues, de la Soul, de la variété africaine et de la World music. Moona a fait des études en droit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Son passage à l’écran, en tant qu’animatrice, a été un grand succès. Après ses premiers pas à la 2Stv, elle intègre l’émission matinale de la Rts, « Kenkéliba ». La sortie d’un premier album en 2009 (« A fleurs de mots ») traçait déjà les voies du succès à ce membre du Collectif des artistes unis pour le rap africain (Aura). « J’ai l’immense honneur de représenter le Sénégal dans la catégorie chanson. Je réserve des morceaux de mon répertoire et de mon premier album (A fleurs de mots) et futur album qui sortira d’ici quelques temps », avance-t-elle. Moona va représenter le Sénégal dans la catégorie chanson. C’est son titre « Qui », s’inspirant d’une chanson du célèbre discours de Malcolm X « Who taught you to hate yourself » de son futur album, qui a été sélectionné.

Compagnie Pasytef, danse : Explorateurs de rythmes
Cette compagnie de danse, qui existe depuis 2003, est composée de 5 danseurs dont 2 filles. Elle a été créée par Pape Sy. Ces corps habiles se meuvent dans tous les univers de rythmes par leur créativité. La danse, ici, n’est pas un trivial mouvement. Elle est une idée, un message. Celui qu’ils délivreront à l’occasion des 8e Jeux de la Francophonie s’émeut de la situation de ceux qui font la manche, la quête avec leurs sébiles mais ils en donnent une signification singulière. Le geste est altier. Il ne renvoie pas à la misère routinière ambiante. Oumar Cissé, à qui l’Association de la presse culturelle du Sénégal a décerné le prix d’encouragement lors de la dernière célébration de la Journée mondiale de la danse pour la promotion de cette discipline, est le leader du groupe. Il est le formateur et directeur artistique de Dalifort danse festival. Omar Sène est passé entre les mains de plusieurs grands noms du paysage artistique sénégalais.

Mame Fara ndiaye, conteur : Sur les pas de son sage maître…
Jusqu’ici, il était peu connu du public. Mais, ce manque de visibilité n’enlève en rien au mérite et au talent de Mame Famara Ndiaye. Etudiant en Sciences juridiques et politiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il suit aujourd’hui les traces de son maître, encadreur et immense conteur sénégalais, Babacar Mbaye Ndack, par ailleurs président de l’Association des conteurs du Sénégal. Mame Famara est plongé depuis très jeune dans l’univers du conte en tant qu’élève du professeur Babacar Mbaye Ndack en Histoire et Géographique au Lycée Mame Thierno Birahim Mbacké. Néanmoins, les nuits du conte et les spectacles à Blaise Senghor éveillent davantage son amour et déchaînent sa passion pour le conte. Candidat du Sénégal dans la catégorie « Conte et conteurs », Mame Fara Ndiaye va présenter un conte sur le leadership des enfants.

Mohamed Mbougar Sarr, écrivain : Une plume rafraîchissante
Mouhamed Mbougar Sarr est ce jeune écrivain de moins de trente ans à la plume rafraîchissante et mature. L’auteur de « Terre Ceinte », son premier roman qui a reçu plusieurs distinctions internationales, a fait ses études secondaires au Prytanée militaire de Saint-Louis et des études supérieures à l’École des hautes études en sciences sociales. Sa nouvelle « La cale » a reçu le prix Stéphane-Hessel en 2014.

Ndèye Fatou Thiam, photographe : Œil magique
De son nom d’artiste Ina Makosi, Ndèye Fatou Thiam est photographe-vidéaste et manager de projets notamment Urban Doc qui est le premier centre de documentation en hip hop et cultures urbaines et Urban Women Week, un festival dédié aux femmes s’activant dans les cultures urbaines. Par l’image, cette talentueuse photographe consigne la mémoire du hip hop sénégalais et en livre une vision à la fois poétique, fragmentée et réaliste. L’image est, ici, voyage. Elle « piste » les scènes, ceux qui la font et enchantent par leur art.

Mais aussi…
Les autres représentants du Sénégal lors de ces 8e Jeux de la Francophonie sont l’Ong Concept de Malick Faye dans la discipline Création pour le développement durable, Mouhamadou Moustapha Diop pour la Création numérique et Moctar Ndiaye Dicko en jonglerie avec ballon (free style ball)

Par Mouhamadou Moustapha THIAM  (Photos : Pape SEYDI)

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