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La France élit son nouveau président

Les Français ont commencé à voter ce dimanche pour désigner celui qui dirigera le pays pendant les cinq prochaines années. Retour sur une campagne aux nombreux rebondissements et unique en son genre. Pour ne pas dire sanglante. 
La France élit son nouveau président

© Reuters

A la mi-journée, la participation au scrutin, niché au coeur d’un week-end de trois jours, atteignait 28,23%, quasi-stable par rapport au premier tour mais en légère baisse par rapport au second tour de 2012. Source: Afp

Emmanuel Macron, 39 ans, ancien banquier d’affaires et ex-ministre de l’Economie du président sortant François Hollande, arrivé en tête au premier tour, est donné largement favori du second tour de la présidentielle par les derniers sondages qui le créditent de 61,5 à 63% des voix, contre 37 à 38,5% pour sa rivale Marine Le Pen, âgée de 48 ans.

Mais le vote surprise en faveur du Brexit au Royaume-Uni ou la victoire inattendue de Donald Trump aux Etats-Unis incitent à la prudence vis-à-vis des enquêtes d’opinion qui peinent en France à mesurer l’effet possible du « vote blanc » et de l’abstention.

Les deux prétendants assurent incarner le renouvellement du paysage politique, mais l’un défend le libre-échange et veut approfondir l’intégration européenne, quand l’autre dénonce la « mondialisation sauvage » et l’immigration et souhaite un « protectionnisme intelligent ».

La participation pourrait être faible: seules 68% des personnes interrogées se disent certaines d’aller voter, alors que pour la première fois depuis près de 60 ans les deux grands partis traditionnels de la gauche (le Parti Socialiste) et de la droite (Les Républicains) sont écartés du second tour de l’élection.

L’entre-deux-tours a été marqué par des ralliements en masse, de gauche et de droite, à M. Macron, pour faire barrage à Mme Le Pen. Mais la mobilisation populaire a été quasi inexistante et dans les rangs de la gauche radicale, certains refusent de « choisir entre la peste et le choléra ».

Piratage de données

Les deux candidats voteront dans le nord de la France, M. Macron dans la station balnéaire du Touquet et Mme Le Pen dans son fief ouvrier d’Hénin-Beaumont.

La campagne d’entre-deux-tours s’est achevée vendredi sur un nouveau soubresaut, avec la publication sur les réseaux sociaux de plusieurs dizaines de milliers de documents internes de l’équipe de M. Macron, via un lien diffusé par le site WikiLeaks, et abondamment relayés par l’extrême droite sur Twitter. Une opération aussitôt qualifiée de « déstabilisation » par le candidat.

La Commission nationale de contrôle de la campagne présidentielle a demandé aux médias de ne pas relayer le contenu de ces documents, « obtenus frauduleusement » et auxquels ont été « mêlées de fausses informations », « afin de ne pas altérer la sincérité du scrutin ».

Depuis leur qualification pour le second tour, le centriste Emmanuel Macronet la candidate d’extrême droite Marine Le Pen se sont rendus coup pour coup avec des attaques lors des meetings, des déplacements surprises. Les deux semaines d’entre-deux-tours ont donc été particulièrement âpres, avec pour point culminant le débat télévisé de mercredi soir qui a viré au pugilat, Mme Le Pen ouvrant les hostilités dès la première minute. La prestation de la présidente du Front national a été sévèrement critiquée, y compris au sein de son propre camp. Dès le lendemain du débat, elle a perdu trois points dans les sondages.

Mais ce ne sont là que les deux derniers soubresauts. Dès les primaires la campagne fut riche en surprises. Jamais une campagne présidentielle française n’avait connu autant de rebondissements.

Des rebondissements à la pelle

En commençant par Emmanuel Macron lui-même. 39 ans, 24,01% des voix au premier tour, s’est lancé dans l’arène mi-novembre, sans expérience électorale, avec un mouvement créé quelques mois plus tôt. Ex-ministre de l’Economie de François Hollande et ancien banquier d’affaires, le benjamin des candidats a suscité d’abord les railleries avant de faire mentir tous ceux qui prédisaient l’éclatement rapide d’une « bulle médiatique ». Rien que cela c’était du jamais vu.

Les partis traditionnels disqualifiés

Première dans l’histoire politique de l’après-guerre en France, aucun des deux grands partis traditionnels, à gauche le Parti socialiste (PS) et à droite Les Républicains (LR), n’est présent au second tour. Arrivé troisième au premier tour (20,01%), le conservateur LR François Fillon a vu sa campagne plombée par un scandale autour d’emplois fictifs présumés dont auraient bénéficié ses proches, révélés fin janvier par l’hebdomadaire Le Canard enchaîné.

La sanction a été encore plus rude pour le PS. Son candidat, Benoît Hamon, n’a récolté que 6,36% des voix, largement devancé par le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, qui a réussi à se hisser en quatrième position du scrutin (19,58%). Le premier tour a laissé apparaître une fracture entre « perdants » et « gagnants » de la mondialisation, une France écartelée entre quatre camps politiques, représentés par le quatuor de candidats arrivé en tête (centre, extrême droite, droite, gauche radicale). La répétition de ce résultat aux législatives sonnerait le glas du bipartisme et rendrait difficile la constitution d’une majorité à l’Assemblée.

Le vote anti-Europe

La thématique européenne a agité la campagne et suscité les passions lors des débats télévisés des candidats. Le 23 avril 2017, près de la moitié des électeurs se sont prononcés pour des candidats eurosceptiques voire hostiles à l’Union européenne. L’extrême droite et la gauche radicale ont fait largement campagne sur ce thème. Le président socialiste François Hollande a affirmé que le second tour serait un choix « européen ».

Élimination des favoris dès les primaires

Avant l’élimination des partis traditionnels de la course présidentielle, les primaires organisées par ces mêmes partis ont vu l’emporter des candidats inattendus, disqualifiant les grands ténors comme l’ancien président Nicolas Sarkozy et l’ex-Premier ministre Alain Juppé à droite, ou à gauche l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls.

Renoncement d’un président impopulaire

Le 1er décembre 2016, François Hollande a renoncé à briguer un second mandat. Très impopulaire, le chef d’Etat a expliqué vouloir éviter une déroute de la gauche face à la droite et à l’extrême droite. C’est la première fois depuis le début de la Ve république en 1958 que le président sortant ne brigue pas un second mandat.

50.000 forces de l’ordre mobilisées

Emmanuel Macron, qui deviendrait le plus jeune président de la République s’il était élu, a donné de son côté quelques informations sur ce qu’il ferait s’il succédait au président socialiste François Hollande. Il a confié vendredi avoir déjà choisi son Premier ministre, sans toutefois le nommer, et travailler à la composition de l’équipe gouvernementale. Le nouveau Premier ministre sera chargé de mener la campagne des législatives des 11 et 18 juin, avec l’objectif de donner une majorité au prochain chef de l’Etat.

Environ 47,5 millions de Français sont appelés à voter à partir de 06h00 GMT et jusqu’à 17h00 GMT (voire 18h00 GMT à Paris et dans certaines grandes villes), sous haute sécurité: plus de 50.000 policiers, gendarmes et militaires sont déployés pour assurer la sécurité du scrutin. La France, qui vit depuis 2015 sous le régime de l’état d’urgence, a peut-être échappé à un nouvel attentat islamiste, avec l’arrestation dans la nuit de jeudi à vendredi d’un ancien militaire de 34 ans, converti à l’islam et ayant fait allégeance au groupe jihadiste Etat islamique (EI). Il a été interpellé à proximité d’une base militaire à Evreux, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, avec des armes cachées à proximité. Le 20 avril, trois jours avant le premier tour de la présidentielle, un policier avait été tué sur l’avenue parisienne des Champs-Elysées. L’attaque avait été revendiquée par l’EI, à l’origine de la plupart des attentats qui ont fait 239 morts dans le pays depuis janvier 2015.

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