Le commerçant sénégalais Issa Sakho perd 65 millions FCfa, victime d’une bande d’escrocs venant de France

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Soixante cinq millions de francs Cfa. C’est la rondelette somme perdue par Issa Sakho, ce commerçant sénégalais berné par une bande organisée qui étend ses tentacules entre Nouakchott et Paris. Au terme d’une enquête rondement menée par les pandores de la brigade de la Foire, en intelligence avec les limiers du 8e arrondissement de Paris, la clique a été démantelée et huit malfrats envoyés à Rebeuss. 

L’ébruitement de cette invraisemblable affaire d’escroquerie tenue par des Mauritaniens opérant entre Dakar, Nouakchott et Paris, est parti d’une plainte déposée le 29 janvier dernier, par le commerçant I. Sakho, à la brigade de gendarmerie de la Foire. La victime domiciliée à l’unité 19 des Parcelles assainies a indiqué avoir été contacté par un certain Dadié Camara qui lui avait proposé une transaction financière d’un montant de 65 millions de francs Cfa, contre 110 000 euros à remettre à son cousin A. K. Sakho, à Paris. En plus clair, Camara lui a expliqué que comptant, avec des amis, envoyer à Dakar 110 000 euros, ils ont achoppé sur des contraintes douanières. Raison pour laquelle il propose à Sakho de leur remettre 65 millions et à charge pour eux d’ordonner à leurs éléments établis à Paris de remettre 110 000 euros au cousin de Sakho qui y réside. Présenté sous cet angle, le deal qui paraît viable, est accepté par Sakho.

Ainsi, I. Sakho se rend à une agence de la banque «Uba», a retiré de son compte 65 millions de francs Cfa qu’il remit à un acolyte de Dadié Camara, un Mauritanien du nom d’Abdourahmane. Dès réception de la somme, Abdourahmane remit à ses complices, Dadié Camara, Amadou Yala Ndiaye et Aïssatou Diop, 13 millions de francs Cfa, représentant la commission qu’ils devaient se partager. Et lui a empoché les 52 millions restants, avant de vider les lieux.

Le deal qui a perdu le commerçant Issa Sakho

Plus tard, le commerçant I. Sakho sera informé par son cousin établi à Paris, qu’en retour des 65  millions de francs Cfa, il a reçu 110 000 euros qui se sont révélés être de la fausse monnaie. Aussi, le cousin lui a indiqué avoir saisi les limiers du 8e arrondissement de Paris d’une plainte. Inspiré par son cousin, I. Sakho s’est lui aussi rendu à la brigade de gendarmerie de la Foire où il a narré sa mésaventure. Exploitant l’affaire, les hommes du commandant Ibrahima Seck ont ouvert une enquête et mis en branle une stratégie d’investigations poussées, adossée sur les techniques de géo-localisation. Ainsi, ils purent localiser le sieur Dadié Camara, surpris chez lui à Ouest-Foire. Remontant la filière, les hommes en bleu sont venus à bout de la dame Aïssatou Diop, appréhendée à Thiaroye-Azur et enfin, Amadou Yala Ndiaye, interpellé à Guédiawaye, à la Cité Sopraco. Les perquisitions et autres interrogations serrées permirent aux pandores de récupérer 7 830 000 FCfa des mains dudit trio et de les restituer à I. Sakho.

Le film du démantèlement de la bande

Décidés à alpaguer les cerveaux de cette bande, les hommes du commandant Seck ont concocté un subtil subterfuge, au cœur duquel, la victime I. Sakho. L’objectif était de faire miroiter aux intermédiaires de cette bande, un nouveau deal portant sur la somme de 98 millions FCfa. Les cerveaux et autres maillons de la bande qui ignoraient tout de l’arrestation du trio composé de Aïssatou Diop, Amadou Yalla Ndiaye et Dadié Camara, n’y verront que du feu. Assisté et rigoureusement coaché par les pandores, I. Sakho entre en contact avec un des courtiers de la bande, Babacar Basse qui mit dans le coup un autre acolyte, Seydou Diop. Appâté par le montant avancé, Seydou Diop mord à l’hameçon et accepte de prendre langue avec les têtes pensantes de la bande établies au quartier Arafat de Nouakchott : Aly Moulaye, Sidy Mouhamed Khouna Mekiouna et un certain Ghaydi. Briefés sur les termes du nouveau deal, ceux-ci adhérent au principe et invitent Seydou Diop à s’en ouvrir à Cheikhouna Al Khalifa Ahmet Sidy, établi au Sénégal. Ceci fait, les différents maillons de la bande conviennent d’un mode opératoire destiné à encore gruger le commerçant I. Sakho. In fine, les termes d’un échange des 98 millions FCfa à débourser par le commerçant I. Sakho, contre 150 000 euros devant être remis à Paris au cousin du commerçant, par deux éléments de la bande, Ahmet Ould Al Amin et Cheikh Walid vivant au 8e arrondissement de Paris. Les termes du deal parfaitement lissés, mandat est donné à Seydou Diop et à Sidy Mouhamed Khouna Mékiouna de rencontrer le commerçant I. Sakho. Mission : lui proposer les termes de l’échange.

Payante synchronisation entre la gendarmerie sénégalaise et la police française

Une fois dans le magasin du commerçant I. Sakho, Seydou et son acolyte lui exposent le deal. Sakho qui était suivi à distance par les gendarmes de la Foire en civils, joue le jeu et accepte sans réserve la proposition de ses hôtes. Au même moment, au 8e arrondissement de Paris, deux policiers épiaient les moindres mouvements de Cheikh Walid d’Ahmet Ould Al Amin, tenant un sac censé contenir 150 000 euros à remettre au cousin d’I. Sakho. Dès que celui-ci a reçu ledit sac, il prit, cette fois, le temps de l’ouvrir pour s’assurer de l’authenticité des billets. Il ne lui fallut tâter que quelques liasses pour déceler le caractère faux des billets et ainsi donner le signal aux policiers français. Ahmet Ould Al Amin est arrêté (il sera conduit au 17e arrondissement de Paris), son complice Cheikh Walid parvint à fuir. A Dakar, les gendarmes de la Foire, aux aguets aux abords du magasin d’I. Sakho, en contact avec leurs pairs français, avisés de l’arrestation d’Ahmet O. A. Amin, passent à l’action et interpellent Seydou Diop et Sidy Mouhamed Khouna Mékiouna. Sachant que le principal cerveau de la bande, Cheikhouna Al Khalifa Ahmet Sidy ignorait les arrestations de Seydou Diop, Sidy M. Kh. Mékiouna et Ahmet O. A. Amin, les gendarmes jouent la carte de la collaboration avec leur hôte. Sidy M. Kh. Mékiouna est invité à contacter Cheikhouna Al Kh. Ah. Sidy (mis sur écoute). Il l’informe que le coup a réussi. Rassuré, Cheikhouna Al Kh. A. Sidy donna l’ordre de remettre le pactole à un certain Mouhamed Lamine Aïdara, établi à la rue 1 (Médina), à charge pour lui de faire parvenir l’argent à Nouakchott. Vu la quantité du montant, son transfert sera retardé, malgré l’implication de plusieurs personnes désignées par Cheikhouna Al Kh. Ah. Sidy. Finalement, les acteurs de la bande ont dépêché depuis Nouakchott, Abdallah Sidiya Jdoud, Mouhamed El Hacen Ould Khouna Mékioina, pour venir récupérer le pactole à Dakar. Ils embarquent le 29 janvier dernier, à bord d’un vol en partance pour Dakar, mais seront cueillis dès leur descente à l’aéroport de Dakar et conduits à la brigade de la Foire.

Entendus, les mis en cause tentent de berner les pandores, chacun y allant de sa version cousue de fil blanc. Des connexions constantes entre les éléments interpellés et leurs acolytes opérant en France étant établies, tout ce beau monde sera placé en garde à vue, avant d’être déféré hier, au parquet de Dakar, pour association de malfaiteurs, escroquerie et complicité.

Abdoulaye DIEDHIOU

L’Obs

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