Le cri du cœur d’un sénégalais coincé à l’étranger ! Par Dr. Moustapha Fall

Suite à la loi qui autorise la fermeture des mosquées et non-respect des consignes gouvernementales, nous exprimons ces quelques cris du cœur à l’égard de notre peuple et ces quelques conseils pratiques à l’endroit de notre gouvernement. À travers cette modeste contribution, nous espérons toucher plus de sénégalais et de sénégalaises avant que le pire ne se produise dans notre cher pays.
Cri du cœur à l’égard du peuple sénégalais !
Le Convid-19 est réel; il est en train de faire des hécatombes à travers le monde. On cesse de répéter que mêmes les puissances mondiales sont désarmées face à ce virus qui n’a plus de frontières géographique, ethnique, religieuse, confrérique et que sais-je encore !
De là où nous sommes confiné dans notre petit appartement 24/24, loin des proches, si nous voyons des jeunes sénégalais jubilant et manifestant contre la fermeture des mosquées, nous ne pouvons qu’avoir peur pour une frange de notre peuple qui semble toujours être dans un sommeil latent et profond face aux dangers de ce virus qui peut décimer toute une génération très vite.
Est-ce une mauvaise stratégie de communication de la part du gouvernement ? Est-il un mécanisme de défense psychologique pour ces jeunes ?
Nous tendrons d’y répondre à la dernière partie de cette contribution.
L’exemple de l’Italie avec plus 600 morts en ce jour du vendredi 20 mars 2020 en est malheureusement une parfaite illustration. Comme tels furent les cas dans les pays où le virus était entré, le compte était : 1 cas testé positif, 2 cas testés positifs, 3 cas testés positifs, 30 cas testés positifs, et puis 100, 200, 300, 1000 cas…
Aujourd’hui, le compte macabre va crescendo avec plus 35713 avec 4000 décès en Italie sans compter les morts en France, aux États-Unis et en Chine : des puissances mondiales avec de redoutables moyens techniques et logistiques.
C’est avec un pincement du cœur que nous constatons que les nouvelles tendances qui se dessinent dans d’autres pays semblent être les mêmes que nous avions observées dans ces pays (Chine, Italie, France, États-Unis) où les morts se comptent désormais comme des mouches par jour. Que le Seigneur nous en préserve, mais l’Afrique présente ces tendances et que signes avec des cas testés positifs qui vont crescendo de jours en jours.
Au Sénégal, certains musulmans nous diront certes qu’ils sont différents de ces puissances mondiales et nous citeront subséquemment ces versets coraniques suivants : « Où que vous soyez, la mort vous atteindra, fussiez-vous dans des tours imprenables » Al Nissa-4-78.
Certes ces propos sont d’une véracité absolue et incontestable ! En tant que musulman, nous sommes d’accord qu’on ne peut jamais échapper à notre destin quand la mort frappe, mais il est aussi de notre devoir humain sur terre de combattre le mal sous toutes ses formes dans la discipline, dans le calme et dans la lucidité d’esprit avec les armes de consignes gouvernementales et les chapelets en main face à cet invisible ennemi.
Comparativement, ces propos rapportés d’Anas ibn Malick doivent nous galvaniser face à la lutte que nous devons tous mener contre ce virus : Si l’Heure [de la fin du monde] venait et que l’un [e] d’entre vous tenait une plante à la main et avait assez de temps pour la planter, qu’il le fasse ».
C’est aussi l’occasion d’en appeler à la sagesse de tous mes compatriotes et collègues professeurs qui sont coincés à l’étranger, pour une raison ou un autre, de penser, dès leur rentrée au pays, à s’isoler pendant les deux premières semaines pour s’assurer de ne pas importer le virus. Nous travaillons avec un large public d’étudiants, d’élèves et un corps administratif. Sous cette optique, s’il y’a bien lieu de donner une nouvelle définition au mot « patriote » contexte corono oblige, nous dirons simplement que le/la patriote est celui ou celle qui pense aux autres et place son intérêt personnel et professionnel au-dessus de l’intérêt de son pays.
Sénégalais, sénégalaises ! nous devons nous réveiller et éliminer nos distances physiques en restant chez-nous. À bien voir le déroulement situation et bien le comprendre, nous pouvons dire qu’il se peut que le Sénégal traverse des zones de turbulences les jours et les mois à venir. Encore faut-il fondamentalement réactiver l’arsenal de nos solidarités économiques, ethniques, politiques voire religieuses, les entre-aides sociales pour que notre pirogue, su nu gaal, dans laquelle nous tous sommes embarqués pour le meilleur et pour le pire, puisse voguer dans des eaux beaucoup plus calmes.
Tout compte fait, nous jugeons que notre gouvernement peine à bien communiquer avec son peuple, ironie du sort, et pourtant, il ne lui veut que du bien. Que doit-il comprendre et faire pour une meilleure stratégie communication ?
Quelques conseils pratiques au gouvernement sénégalais
1. De notre confinement, si nous nous permettions de donner quelques conseils à donner à notre gouvernement, nous lui dirions de tenir compte de deux choses fondamentales:
2. Changer stratégie communication qui est celle de proximité dont le medium est bâti plus sur les langues nationales que sur le français comme langue maternelle par moins de 1% de la population sénégalaise (Voir Fall, Routlege, 2020).
3. Bien tenir compte du contexte théologico-légal sénégalais pour faire prévaloir la dimension psychologique à la dimension légale. Le contexte de vie des sénégalais est marquée par le chômage et de pauvreté extrême ces dernières années.
Pour parer à cette éventualité, certains sénégalais peuvent prendre la religion comme un refuge pour sortir de l’angoisse ou de la quête de l’emploi.
Autrement dit, si une frange de la population s’active dans les mosquées pour y purifier, il se peut qu’une autre frange y entre pour sortir d’un présent accablant et d’un avenir incertain.
De ce point de vue, une loi qui autorise la fermeture de mosquées renforce davantage, en l’occurrence, le dispositif psychologique. Depuis la nuit des temps, la condition humaine oscille entre le social et le religieux. Et ce retour au fait religieux va souvent de pair avec l’excès dans les comportements comme nous l’avons constaté avec des jeunes sénégalais qui expriment leur mécontentement contre la fermeture de ces mosquées.
Face à cette psychose devant ce convid 2019, le gouvernement doit être conscient du fait qu’une loi ne touche jamais le psychologique. Ainsi, est-il extrêmement important que le gouvernement sache encore que le psychologique se touche par l’éducatif, par le dialogue et par l’accompagnement car une loi qui interdit, renforce aussi ce dispositif psychologique. Nous disons même affirmer avec force que l’application d’une loi a toujours un versant psychologique qu’on a tendance à omettre parfois dans notre présupposé. Ainsi, les recentres manifestations de soutiens contre la fermeture des mosquées sont-elles nul doute la conséquence d’une expression intérieure de peur de la part de cette frange de population, de leur recherche de solution, de leur quête de purification et de sens.
Pour meilleure stratégie de communication de proximité, faut-il donc impliquer dans cette stratégie de communication et les psychologues, et les psychiatres, et les imams, et les chefs coutumiers, et chefs religieux et les politiques?
Cette question mérite d’être débattue.
A word to the Wise !
Dr. Moustapha Fall,

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