Le drame de La Mecque expliqué par la mécanique des mouvements de foules

Medhi Moussaïd, spécialiste de la dynamique des mouvements de foule, revient pour « l’Obs » sur les circonstances de la bousculade qui a fait plus de 700 morts ce jeudi à Mina, près de la Mecque.

Le mouvement de foule à causé la mort de plus de 700 personnes venues en pèlerinage à Mina, près de La Mecque. (MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP)Le mouvement de foule à causé la mort de plus de 700 personnes venues en pèlerinage à Mina, près de La Mecque. (MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP)

Plus de 700 morts, près de 1.000 blessés, le bilan de la bousculade mortelle de pèlerins à Mina, près de La Mecque, n’a cessé de s’alourdir depuis le mouvement de foule de jeudi matin. Medhi Moussaïd, chercheur en sciences cognitives, spécialiste de la dynamique des mouvements de foule à l’Institut Max Planck et auteur d’études de référence sur le sujet, répond aux questions de « l’Obs ».

Le dernier grand mouvement de foule meurtrier dans la ville sainte remontait à 2006. Etes-vous surpris par ce nouveau drame ?

– Ces accidents étaient très réguliers dans les années 1990 car à l’époque, l’organisation du pèlerinage était moins professionnelle. Au début des années 2000, les autorités saoudiennes ont commencé à faire appel à des experts pour trouver des solutions et envisager des aménagements du site, notamment en installant des caméras pour étudier précisément les flux de pèlerins. Par chance, si j’ose dire, la bousculade meurtrière de 2006 a pu être filmée et disséquée par les organisateurs, ce qui leur a permis d’établir clairement les facteurs à risques et d’améliorer les conditions du pèlerinage.

Justement quel est le facteur principal à prendre en compte pour prévenir ces accidents ?

– Le facteur clé est celui de la densité. Dans la vie de tous les jours, on considère que la densité normale est inférieure à une personne par mètre carré. Dans un stade ou lors d’un concert, elle peut monter à deux ou trois personnes par mètre carré, ce qui a pour conséquence de provoquer des perturbations de la circulation des individus mais ne cause pas vraiment de danger. Au-delà de cinq individus par mètre carré, on dépasse un seuil critique et les effets de cette concentration sont moins connus et plus difficiles à anticiper. Au moment de la bousculade de 2006, les caméras de La Mecque ont observé une densité de neuf personnes par mètre carré, ce qui est tout à fait extrême.

Quand le seuil critique de cinq personnes par mètre carré est atteint, la physique et la mécanique des fluides rentrent en jeu : les individus sont collés les uns aux autres et on observe des phénomènes de transfert de force. Les pressions opérées entre chaque individu s’additionnent et créent des vagues de bousculade qui vont en se multipliant et en s’amplifiant. Le tout forme un mouvement chaotique que l’on peut comparer à une mer en pleine tempête et qui est complètement indépendant de la volonté de chaque élément de la foule.

Le risque zéro existe-t-il ?

– Je ne crois pas, mais une bonne organisation peut réduire considérablement le risque d’accident. Depuis 2006, les organisateurs ont déjà opéré des changements importants comme l’élargissement des voies, des horaires précis pour chaque pèlerin afin de fluidifier le trafic et des artères à sens unique. Pour résumer, la question centrale pour une bonne gestion en temps réel est : « Qui va où et à quel moment ? ». Le problème est que l’afflux de pèlerins à La Mecque est tellement important que diriger les flux peut avoir des conséquences imprévisibles. Par exemple, si vous fermez un accès à un site et obligez un grand nombre de gens à patienter, vous vous exposer à des phénomènes de tassement de la foule qui peuvent aussi conduire à des accidents.

La ministre de la Santé saoudien a mis en cause le comportement des pèlerins, qu’en pensez-vous ?

– Je ne pense pas qu’il faille pointer du doigt les pèlerins. Ces accidents sont dus à des défaillances dans l’organisation et pas à des comportements individuels. Une des explications avancée pour expliquer la bousculade serait que de nombreux pèlerins ont tenté de faire demi-tour.

C’est un phénomène très dangereux car les déplacements bidirectionnels ont pour conséquence d’augmenter la densité et mettant en contact des forces contraires. Au lieu de mettre la faute sur certains individus, les organisateurs devraient plutôt chercher à comprendre ce qui a déclenché la décision de ces pèlerins. Dans une foule compacte, chaque individu n’est pas libre de ces mouvements, il est la victime du groupe.

Propos recueillis par Lucas Burel, le 25 septembre 2015

Avant d’expliquer ce drame par des phénomènes physiques ou pire encore par la « bêtise d’une foule », ne conviendrait-il pas de se pencher sur les défaillances relatives à organisation ce très lucratif business que constitue le Hajj en Arabie Saoudite ?
Voici des années que perdure ce scandale. Cette année bat tous les records: après la grue, le mouvement de foule….Le Hajj rapporte des milliards au gouvernement Saoudien, aux agences organisatrices (Il est impossible de ne pas passer pour le Hajj par les agences officielles et les nombreux margoulins qui essaiment autour de l’évènement).Plutôt que dépenser suffisamment sur l’amélioration des infrastructures aux fins de sécurité des pèlerins, le gouvernement d’Arabie Saoudite préfère construire Palais et autres immeubles d’hyper standing pour quelques privilégiés du royaume (fort justement dénoncé dès hier soir par Tarik Ramadan).

L’Arabie Saoudite, ce n’est pas que cette barbarie sans nom présidant aux exécutions capitales, c’est aussi ce scandale de l’organisation du Hajj.

L' Obs

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