Les six pays fondateurs de l’UE mettent la pression sur Londres

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La pression monte sur le gouvernement britannique pour qu’il entame sans tarder les négociations pour son retrait de l’Union européenne. L’UE a désigné son chef des négociations, le Belge Didier Seeuws, et le commissaire britannique Jonathan Hill, responsable des services financiers, a démissionné après un appel solennel lancé samedi midi sur les rives du Lac Tegel à Berlin par les six pays fondateurs de la construction européenne.

« Il convient d’enclencher le processus de négociation le plus tôt possible afin que nous nous mettions au travail dès maintenant », a dit le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui recevait ses homologues belge, français, italien, néerlandais et luxembourgeois à la villa Borsig, l’ancienne résidence d’été d’un industriel allemand.

Le ministre français Jean-Marc Ayrault a été plus explicite encore. « On commence maintenant », a-t-il dit à la presse. « Par respect pour tous les Européens, et par intérêt, il faut ouvrir les négociations. On ne peut pas jouer avec le vote du peuple britannique

« J’espère qu’on ne va pas jouer au chat et à la souris », a ajouté le Luxembourgeois Jean Asselborn, qui a souligné que « 2,3 millions de salariés britanniques dépendent des exportations européennes ».

En terrain inconnu

Techniquement, les Européens ne peuvent pas obliger le Royaume-Uni à actionner l’article 50 du Traité de Lisbonne qui déclenche les pourparlers pour la sortie d’un Etat-membre. Il n’est pas clair non plus si c’est le parlement britannique ou le gouvernement qui doit notifier cette activation aux Européens.

David Cameron a surpris en annonçant sa démission pour le mois d’octobre, lors de la conférence du parti conservateur. Son rival Boris Johnson a plaidé pour éviter toute précipitation. Les Six estiment qu’ils ne peuvent pas attendre indéfiniment en raison de l’impact du Brexit sur les marchés financiers et parce que les populations des 27 autres Etats-membres attendent des actes.

De nombreuses questions de procédures se posent également, comme la présidence que le Royaume-Uni doit prendre au second semestre 2017. Une présidence se prépare longtemps à l’avance.

Sans levier, les Européens n’ont que « la pression politique » pour agir, reconnaît Didier Reynders. Symboliquement, une réunion à 27 aura lieu lors du sommet européen de Bruxelles mardi et mercredi. Préalablement, la chancelière Angela Merkel (qui a dit samedi qu’elle « ne veut pas militer pour un calendrier serré » ) aura rencontré le président français François Hollande et le Premier ministre italien Matteo Renzi.

Réformer l’Europe

En temps normal, peu de journalistes suivent les réunions informelles des ministres européens. Mais samedi il y en avait 250 pour couvrir celle qui s’est tenue à la Villa Borsig. C’était la troisième du genre, une initiative prise par la Belgique. Le timing était parfait, juste après le Brexit britannique.

Les Six estiment qu’il faut aller de l’avant, « non pas pour augmenter la fragmentation », explique un haut diplomate belge, « mais pour prendre leurs responsabilités ». Des contacts seront pris avec les pays baltes, les pays nordiques et le groupe dit de Visegrad pour éviter toute frustration.

A l’issue de leur réunion, les Six ont diffusé un communiqué dans lequel ils soulignent que la décision du peuple britannique est « un tournant dans l’histoire de l’Europe » car l’UE «perd non seulement un Etat membre, mais aussi une histoire, une tradition et une expérience ».

Ironiquement, le communiqué était rédigé en anglais, l’une des trois langues de travail dans l’UE, avec le français et l’allemand. Autour de la table, les ministres se sont exprimés en français et en anglais. Cinq ministres parlent couramment en français. Seul M.Steinmeier le comprend sans le parler. Didier Reynders était par ailleurs le seul libéral dans cette réunion dominée par les sociaux-démocrates.

Tout en négociant avec les Britanniques, les Six entendent répondre à trois grandes préoccupations de leurs électeurs (garantir la sécurité des citoyens, coopérer en matière de migration, booster l’économie pour créer des emplois) et n’excluent pas « différents niveaux d’ambition » dans l’intégration européenne. Plusieurs initiatives sont en cours de préparation, dont une franco-allemande et une émanant du Benelux.

Le charme d’une réunion à six

Didier Reynders ne croit pas que ce genre d’initiative risque d’accélérer la désunion européenne. « La logique des six fondateurs a du sens », a-t-il dit dans l’avion qui le ramenait à Bruxelles. « Je vois qu’il y a de l’enthousiasme » Il a aussi goûté aux joies des réunions en cercle plus restreint. « Chaque ministre peut parler, intervenir. On s’écoute », dit-il. Les réunions à 27 sont devenues beaucoup plus fastidieuses.

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