Lettre ouverte au Président Macky Sall : Appel au dialogue national. Par Ibrahima Wade Bruxelles, Belgique

A cause de l’instabilité politique découlant des élections de 1988, le président Abdou Diouf avait en décembre 1990, décidé de se concerter pleinement avec tous les partis de l’opposition pour un apaisement du pays. Ce rapprochement aboutit à l’entrée du PDS d’Abdoulaye Wade et du PIT d’Amath Dansokho au gouvernement en avril 1991.

Le président Diouf disait lui-même :« Quand on était dans une crise grave (…) d’une façon très subtile, très confidentielle, très secrète, je parlais avec mon principal opposant. Dans un jeu de rôle, il venait, il me disait qu’il comprenait ma position, qu’il ne ferait rien pour mettre de l’huile sur le feu, qu’il ne pouvait pas sortir dans la rue pour dire qu’il était d’accord avec moi mais que je pouvais compter sur lui (…). Et là, il y avait donc un consensus fort et on avançait, et on sortait de la crise ».

Mr le président de la République Macky Sall, le temps est venu d’apaiser les tensions qui menacent notre cher pays. Et Dieu a fait aujourd’hui, que vous êtes la seule personne capable d’influer sur la voie que le Sénégal peut emprunter ? Est-ce qu’il faut laisser notre pays s’engager dans l’impasse du communautarisme : ethnique ou religieux ? Faut-il uniquement cheminer avec la seule partie des Sénégalais qui vous ont politiquement favorables ou mobiliser la nation entière sur le sentier de l’émergence du pays ? Est-ce judicieux de choisir le raccourci de la répression pour imposer une pensée unique alors que notre peuple regorge de multiples talents ?

La période électorale est finie, chaque chose a son temps, et c’est l’heure du travail qui a sonné et il est du devoir de tout un chacun de se remettre à l’ouvrage. Quand il fallait montrer ses sensibilités politiques, je l’ai fait et j’ai n’ai ni honte ni peur de dire que j’ai milité pour une autre alternative. Mais après la proclamation officielle des résultats, validés par notre Conseil Constitutionnel, par respect à nos institutions, je valide et je me remets au travail. Je travaille suivant les référentiels que vous avez définis en tant que président élu par le Sénégalais, même si j’ai des réserves sur le programme que vous nous proposez. Toute réussite qui pourrait y venir est pour le compte du Sénégal et dans l’intérêt de nos compatriotes.

Je vous suggère Monsieur le Président, avec respect, de provoquer rapidement, un dialogue national inclusif, une large concertation sur les problèmes essentiels du pays. Participeront à ce dialogue, les partis politiques, les guides religieux (musulmans et chrétiens), les syndicats, la société civile, le secteur privé et tous ils auront pour seul souci le bien public, le progrès de la démocratie, le développement de la nation et la paix sociale.

Mr le Président, il faut ouvrir le chemin du dialogue. La rhétorique des va-t’en guerre, quel que soit le camp auquel ils appartiennent ne doit pas prospérer. Le monde entier nous observe et vous devez entrer dans l’histoire et montrer votre stature d’homme d’Etat capable d’assurer sa présence aux grands rendez-vous de l’humanité. Cette humanité qui garantit les libertés et droits que vous avez le devoir de nous offrir nous aussi Sénégalais.

L’opinion internationale ne fait pas la différence entre militants de Bby, de coalition Wattu, Taxawu ou autre, elle nous juge en tant que Sénégalais toutes tendances confondues. Et Dieu sait que l’Afrique est déjà cataloguée et nous sommes Africains aux yeux du monde qui nous regarde. Ne laissons pas les vieux démons de l’Afrique envahirent cette nation construite par nos ancêtres malgré la domination coloniale, unie par Senghor sous la pesanteur de l’impérialisme occidental, démocratisée par Abdou Diouf dans la douleur des ajustements structurelles, modernisée par Abdoulaye Wade et que vous aspirez à mettre sur la rampe de l’émergence, pour le confier demain à un autre, ainsi vont les choses.

Le Sénégalais est connu pour être un pacifique, ouvert au dialogue et c’est dans la concertation que nous ferons avancer les choses, mais pas dans la confrontation qui nous mène directement à notre perte. Chaque citoyen sénégalais doit aujourd’hui surfer sur la vague patriotique et combattre tout ce qui peut nous dresser les uns contre les autres. Et il vous revient de canaliser toute cette énergie militante dans le sens de construire une nation diversifiée certes, mais unie autour de l’essentiel. Ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise.

Je vous prie de croire Monsieur le Président à ma très haute considération.

 

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