Malgré les démantèlements, plusieurs centaines de migrants dorment toujours à la rue à Paris

La préfecture d’Ile-de-France a organisé quatre opérations de “mise à l’abri” de migrants en l’espace de 10 jours dans le nord de Paris. Malgré ces évacuations, au moins 800 personnes demeurent toujours à la rue. Qui sont-elles ? Pourquoi n’ont-elles pas été prises en charge ? InfoMigrants fait le point.

Entre le 22 et le 31 janvier, la préfecture de Paris et d’Ile-de-France a procédé à l’évacuation de près de 1 000 migrants qui vivaient dans quatre campements insalubres dans le nord de Paris : porte de Clignancourtavenue Wilson (Saint-Denis), porte de la Chapelle et la Villette. Selon les estimations de Médecins du Monde, contacté par InfoMigrants, il reste à l’heure actuelle au moins 800 personnes à la rue.

Il y a d’abord ceux qui ont quitté les campements ou ceux qui étaient absents au moment où s’est déroulée l’opération de mise à l’abri de la préfecture. “Il faut savoir que, par exemple, dans le cas de l’évacuation de la Chapelle le 29 janvier dernier, les bus ont accueilli les premiers migrants assez tardivement, vers 8h30 du matin. Bon nombre d’entre eux ont des rendez-vous administratifs ou médicaux qu’ils ne peuvent pas se permettre de manquer. Ils ont donc raté le coche de la mise à l’abri”, explique Louis Barda, coordinateur du programme d’accès aux soins de Médecins du Monde à Paris.

Viennent ensuite ceux qui étaient bien présents lors de l’opération mais qui ont refusé de monter à bord des bus de la préfecture. “Il s’agit bien souvent d’une problématique administrative. Parce qu’ils ont peur, certains sont déboutés ou dublinés, ils ne veulent pas attirer l’attention sur eux et préfèrent rester à la rue”, poursuit Louis Barda.

« Avant il y avait l’accueil inconditionnel, ce n’est plus le cas »

Il existe aussi des migrants qui acceptent de monter dans un bus, qui sont conduits dans des hébergements temporaires et finissent rapidement par être remis à la rue quelques heures ou quelques jours plus tard. “Une fois qu’ils arrivent dans le gymnase où ils doivent pouvoir être mis à l’abri, l’Ofii évalue leur situation administrative. C’est là que les déboutés, les dublinés ou même des réfugiés statutaires sont sommés de quitter les lieux car ces places d’hébergement d’urgence sont normalement prévues pour les demandeurs d’asile”, affirme Louis Barda.

“Avant, tout le monde accourait lorsque la préfecture organisait ce genre de mise à l’abri car il y avait le principe d’accueil inconditionnel. Ce n’est plus le cas”, regrette-t-il. “Si vous n’êtes pas dans la bonne case simpliste du bon ou du mauvais migrant que le gouvernement a décrété, mieux vaut être à la rue et conserver sa tente et ses maigres possessions. La France conditionne l’hébergement à la situation administrative, c’est tout le drame de la politique de non-accueil aujourd’hui.”

Des migrants se préparent à partir du campement de La Chapelle, le 29 janvier 2019 à Paris. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
Des migrants se préparent à partir du campement de La Chapelle, le 29 janvier 2019 à Paris. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

En première ligne de cette politique : les dublinés. D’après, Antoine Decourcelle, responsable commission asile à la Cimade Ile-de-France, joint par InfoMigrants, l’État français “mène une guerre sans merci contre ces derniers”. Pire, selon lui, même les ex-dublinés, ceux qui peuvent présenter une nouvelle demande en France au bout de quelques mois, seraient exclus. 

“L’Ofii refuse tout bonnement leur prise en charge. Cela a commencé cet été avec une circulaire interne que la Cimade a contesté au tribunal en décembre dernier. Selon l’ONG, « le document encourage les agents de l’Ofii à refuser les allocations aux demandeurs d’asile ex-dublinés ainsi que leur demande de logement”, affirme-t-il. 

Des migrants invisibles, hors du système et pas quantifiables

Devant cette situation, de plus en plus de migrants vivent à la rue en dehors des campements de telle manière à être les plus invisibles possible. “Près de la porte d’Aubervilliers, nous venons de rencontrer deux Somaliens qui font la manche et qui évitent les campements parce qu’ils sont dublinés. Ils savent qu’ils ont un an et demi à tenir avant de sortir de Dublin et de pouvoir re-déposer une demande d’asile. Alors ils se font discrets et sont totalement en dehors du circuit de prise en charge”, détaille Louis Barda de Médecins du Monde.


Ces migrants isolés et en dehors du système sont donc très difficilement quantifiables car ils sont mobiles et disséminés partout, selon les associations. Outre les dublinés, il y a ceux qui craignent l’insécurité des campements et préfèrent se cacher ailleurs, dans des micros campements. Il y a aussi ceux qui se trouvent un toit grâce à hébergement citoyen.

Une quinzaine d’associations – dont la Cimade, Médecins du Monde ou encore Emmaüs – ont lancé un appel le 30 janvier demandant “à l’État et aux collectivités locales de mobiliser des locaux vides afin d’ouvrir de nouvelles places d’hébergement réellement inconditionnelles.” Elles soulignent également l’importance de trouver des solutions pérennes, étant donné qu’un “grand nombre de personnes aujourd’hui hébergées dans le cadre du plan hivernal va se retrouver sans solutions à la fermeture des structures d’hébergement hivernal dans le meilleur des cas le 31 mars prochain.”

Contactée il y a plusieurs jours pour obtenir une confirmation du nombre de migrants restant à la rue et en savoir davantage sur les prochaines maraudes, la préfecture n’a pas encore répondu à nos sollicitations.

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