Mythe et réalité de l’immigration clandestine

Les émigrés qui reviennent au pays sont perçus comme des modèles de réussite. Ils circulent à bord des plus belles voitures, possèdent les plus grandes maisons et ces signes extérieurs de richesse amènent de plus en plus de jeunes gens à vouloir s’expatrier pour gagner de l’argent et imiter ces émigrés.

La conviction qu’il faut à tout prix se rendre en Europe, quelque soit le risque, est bien résumée dans les expressions ‘Barça mba Barzakh’ (Barcelone ou mourir), et ‘Mbëek’, un mot Wolof – la langue nationale – synonyme d’« immigration » et qui illustre bien la détermination des candidats à affronter la mer.

« Dans notre société, on a toujours eu beaucoup de considération pour les émigrés. Les familles qui s’en sortent bien financièrement comptent des émigrés parmi leurs membres », explique Papa Demba Fall, un expert en analyse des flux migratoires. « Et cela a un impact très important sur la mentalité des gens. Beaucoup de jeunes pensent qu’ils leur faut aller en Europe pour réussir dans la vie ».

L’immigration n’est pas un phénomène nouveau

L’immigration au Sénégal remonte à l’époque coloniale pendant laquelle la France administrait toutes ses colonies d’Afrique de l’Ouest depuis la ville côtière de Saint-Louis, la capitale du nord du pays. La France formait des fonctionnaires, enseignants et artisans sénégalais, puis les envoyait servir comme auxiliaires de l’administration coloniale dans d’autres colonies d’Afrique de l’Ouest.

L’exode vers l’Europe a commencé dans les années 1980, après plusieurs sécheresses successives, les graves problèmes économiques et l’urbanisation sauvage que le pays a connus.
Des membres de la puissante confrérie musulmane des Mourides, dont la plupart étaient des cultivateurs d’arachide, se sont expatriés pour trouver du travail suivant ainsi les recommandations de leurs leaders religieux. De New York à Tokyo, ils ont réussi à créer un réseau international de vendeurs de rue.

Des milliers de Sénégalais ont traversé le désert du Sahara et ont embarqué au Maroc et en Mauritanie à bord de bateaux à destination de la France et de l’Italie, dans l’espoir d’une vie meilleure.

« Les candidats à l’immigration clandestine peuvent être perçus comme des gens désespérés, mais on peut tout aussi imaginer qu’il s’agit de personnes pleines d’espoir », note M. Fall.
« Ils croient toujours qu’ils vont y arriver, même s’ils n’ont absolument aucune notion de la géographie ou de l’espace. Parfois, ils n’arrivent même pas à faire la différence entre l’Espagne et l’Allemagne », a-t-il ajouté.

Un pouvoir économique indéniable

Ce qui est incontestable, c’est qu’ils gagnent de l’argent. En effet, d’après un récent rapport du Fonds monétaire international (FMI), les transferts de fonds réalisés par les émigrés au bénéfice de leurs familles représentent près de 15 pour cent du PIB – produit intérieur brut – du Sénégal.

« Très peu de mesures sont prises pour arrêter l’immigration irrégulière parce qu’elle génère bien plus de fonds que l’aide au développement », explique Laurent de Boeck, représentant régional de OIM.

Selon certains analystes, compte tenu du rôle culturel et économique que les émigrés jouent au sein de la société sénégalaise, Dakar n’est pas très enthousiaste à l’idée de démanteler les filières de l’immigration clandestine.
Toutefois, le gouvernement a annoncé un ambitieux projet agricole, le plan REVA – Retour vers l’Agriculture – une solution à l’immigration qui devrait permettre de donner du travail aux jeunes sans emploi et de les fixer dans leur terroir.

Et pour lutter contre cette immigration illégale, les autorités sénégalaises ont mis en place un dispositif de surveillance des côtes pour arraisonner les pirogues à destination des îles Canaries. C’est ainsi qu’elles ont autorisé l’agence européenne Frontex à participer aux opérations de surveillance de son littoral.

wabitimrew

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