Simone Gbagbo sort du silence

La future ex-épouse de Laurent Gbagbo s’exprime dans une lettre ouverte et une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Une lettre reprise et commentée par bon nombre de médias ivoirien, dont le quotidien Notre Voie, proche du FPI, l’ex-parti présidentiel. Voici ce qu’en dit ce journal : « Après les scènes jugées humiliantes à son encontre à l’aéroport lors de l’arrivée de son futur ex-époux, le 17 juin dernier et la médiatisation que celui-ci a donné à sa demande de divorce d’avec elle quelques jours plus tard, la première vice-présidente du FPI-GOR s’était terrée dans le silence, laissant le soin à ses proches de porter la parole pour elle. Vingt jours après, Simone Gbagbo réagit donc à travers une lettre à ses partisans. Sans parler de l’affaire de divorce mais en y faisant allusion, sans dire que Laurent Gbagbo n’est plus l’avenir mais en y croyant fermement, elle appelle ses « frères et sœurs » à avancer en fixant « nos yeux sur la vision » et non, sous-entendu, sur un homme. Elle dit merci au président de la République là où son futur ex-époux n’avait pas daigné le faire jusqu’à présent. Enfin, elle prône la paix et la réconciliation. »

Le sillon de la réconciliation

Fraternité Matin, le quotidien gouvernemental, met en avant, à sa Une, cette phrase de Simone Gbagbo : « Je dis infiniment merci au président Ouattara. » Fraternité Matin qui note que Laurent Gbagbo lui, n’a pas exprimé ce remerciement d’avoir pu rentrer au pays. « Les premiers pas posés, pointe le quotidien gouvernemental, l’ancien président a renfilé son manteau de guerrier avec des phrases comme « le combat continue »« je suis un soldat », ou encore, « je n’ai pas perdu les élections ». Pour Simone, poursuit Fraternité MatinLaurent Gbagbo a manqué une belle occasion de se poser en Nelson Mandela qui a réussi à être un grand réconciliateur dans son pays. Aux militants du FPI, elle demande de dépasser la personnalité de Laurent Gbagbo et de s’inscrire résolument dans le processus de réconciliation. »

Pour le quotidien Aujourd’hui à Ouagadougou, « Simone Gbagbo prend de la hauteur et trace les sillons de la réconciliation : ce divorce n’est pas uniquement conjugal et nuptial, pointe le quotidien burkinabé, mais pourrait bien glisser sur le terrain politique. En femme politique avertie, Simone Gbagbo sait qu’elle pourrait être la grande perdante en cas de mauvaise manœuvre. Ainsi, en s’exprimant de la sorte, elle prend les devants pour préserver le capital confiance des milliers de militants du FPI qui ne jurent que par elle et des milliers d’Ivoiriens qui louent son courage et sa ténacité. À présent que l’ex-détenue de la prison d’Odienné s’est exprimée et a affiché sa position, on peut affirmer, relève encore Aujourd’hui, que la Côte d’Ivoire dispose d’une ambassadrice pour une véritable réconciliation des cœurs. » 

Elle n’a pas dit son dernier mot…

Quel est le but véritable de Simone Gbagbo ?, s’interroge en écho L’Observateur Paalga. A-t-elle un agenda politique ?

« Comment ne pas penser que dans ce message, où elle s’adresse aux Ivoiriens sur l’impératif de la réconciliation, elle parle en creux de son propre cas lorsqu’elle martèle : « le temps n’est plus aux imprécations. Ne donnons donc pas une place à l’amertume, à la rancune, à la douleur, à la déception et à la colère ». Un message subliminal dont on ne sait à qui il est adressé par cette passionaria de la politique ivoirienne qui ajoute : « restons calmes et gardons notre sang-froid ». Et que faut-il comprendre, s’interroge encore L’Observateur Paalga, quand elle insiste par ailleurs que l’essentiel est encore à venir ? On peut être sûr d’une chose en écoutant cette femme de caractère : elle n’a certainement pas dit son dernier mot. »

Cavalier seul ?

Alors quel avenir politique pour Laurent et Simone ? Il y a deux tendances au sein du FPI, souligne l’historien Maurel Ahounou, interrogé par Jeune Afrique. « L’une, plutôt light, portée par l’ex-Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, et l’autre plus radicale (encore appelée GOR, pour Gbagbo ou rien), portée par les caciques de l’ancien régime. Ces deux tendances apparaissent, dans une certaine mesure, irréconciliables. Difficile de dire si Laurent Gbagbo réussira à réconcilier les désormais frères ennemis. Quid aussi de Simone Gbagbo, qui, aujourd’hui, malgré ses sympathies pour le camp GOR et sa popularité au sein de l’opposition, semble vouloir faire cavalier seul – ou y être contrainte ? Tôt ou tard, conclut l’historien, il faudra se résoudre à aborder les questions qui fâchent. »

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