Témoignages de migrants : « Pour moi, l’Algérie, c’est le pire » (Vidéo)

Ils viennent d’un peu partout en Afrique. Ils sont Mauritaniens, Maliens, Nigériens… Ils vivent clandestinement en Algérie. Ils s’expriment en cachette, par peur de leurs employeurs et de la police. Ils ont bien voulu nous raconter leurs histoires et surtout partager leurs angoisses après l’expulsion des 1.500 migrants d’Algérie au début de ce mois.

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Du football à la maçonnerie !

Mohamed a 25 ans. Il est ivoirien. Il y a six mois, il quittait le Maroc pour rejoindre Alger.  Il rêvait d’une carrière de footballeur dans une équipe algérienne. Il raconte : « On nous avait dit que l’Algérie était un bon pays pour le football. Que je pouvais jouer les championnats, gagner plus d’argent. Alors, j’ai pensé à quitter le Maroc où j’étais installé depuis deux mois.  On s’est trouvé un passeur qu’on a payé 4500 dinars chacun pour traverser la frontière jusqu’à Maghnia ».

Mohamed et ses compagnons ont marché longtemps dans la nature. Ils se sont cachés. Ils ont contourné les barrages de police. Avant ce périple, Mohamed ne connaissait l’Algérie que sur les réseaux sociaux, en discutant avec des Algériens. « Ils disaient que tous mes rêves de sportif pouvaient se réaliser. Qu’il suffisait de franchir la frontière ».

Aujourd’hui, il est déçu par ce qu’il découvre. « Les lois ont changé. En Algérie, ils ne permettent plus aux étrangers de jouer dans les clubs pour les championnats ». En effet, pour intégrer une fédération en Algérie, il aurait fallu que Mohamed obtienne une lettre de sortie de la Fédération de son pays. Seulement, dans son désir d’exil, il a choisi la clandestinité.

En Algérie, pour gagner sa vie, il travaille comme maçon dans différents chantiers de la capitale. « Pour moi, l’Algérie, c’est le pire. Certains patrons te traitent comme un esclave. D’autres te font travailler toute la journée et ne te paient pas, surtout quand tu n’as pas de qualification. Les Marocains n’ont pas de papiers mais ils sont mieux traités parce qu’ils ont des qualifications » affirme-t-il.

Pour Mohamed, « il n’y a aucun Africain qui n’ait pas peur de la police ». Par contre, des Algériens, il n’a aucune crainte. « Ce sont des humains comme moi. Je n’ai pas à avoir peur d’eux. Sauf qu’il ne faut pas se voiler la face, les Algériens n’ont aucun respect pour la peau noire ».  Mohamed est convaincu que « chez les blancs, le métier de footballeur est beaucoup plus respecté. Le blanc ne fait pas la différence entre noir et blanc. C’est ou tu joues bien ou pas ». Mohamed est persuadé qu’il va pouvoir rejoindre un club européen. « J’ai la conviction et la foi que je vais aller jouer chez les blancs, que je vais y arriver ».

Un « rêve » à 20.000 dinars…

Seddiki a l’air d’un adolescent. Pourtant il a déjà 23 ans.  Frileux, il s’énerve rapidement quand il ne parvient pas à s’exprimer en français. Recroquevillé sur lui-même, il n’a pas arrêté de nous répéter que « c’est par amour, que je suis venu ici. L’Algérie, je veux y rester. Je veux y faire ma vie ».  Seddiki est né au Mali mais il a grandi en Côte d’Ivoire. Là-bas, il était couturier. Un métier qu’il a continué à exercer quand en 2015, il débarque au Mali. « C’est au Mali que j’ai eu envie pour la première fois d’immigrer en Algérie. L’Algérie me plait. L’Algérie et le Mali sont des pays voisins, des frères », dit-il.

65.000 CAF (11.688 DZD) : c’est le prix payé par Seddiki à Gao pour atteindre la capitale algéroise. En vrai, son passeur l’a « largué » à Talanta, un village malien près Timiaouine en Algérie. À 2.228 km d’Alger, soit 30h de route. « Le passeur nous a demandé de rajouter 40.000 CFA pour nous emmener jusqu’à Timiaouine. J’ai dit : pas de problème. Ils nous ont enfermés dans une maison, jusqu’à ce qu’on paie ».

Seddiki a essayé de contacter sa famille et ses amis pour qu’ils lui envoient l’argent. « Personne n’a pu me prêter l’argent. Alors, j’ai décidé de sortir travailler ». 500 dinars, c’est le tarif d’une journée de travail à Timiaouine. Avec ça, Seddiki a pu payer son passeur et rejoindre Bordj Badji Mokhtar. « Là-bas, j’ai pu travailler comme couturier. C’était le ramadan et il y avait du travail. Mais après les fêtes, il n’y avait plus rien là-bas. Alors, j’ai pris la route pour Alger ». Voilà douze jours qu’il est à Alger.

Boubakar : « Le taxi m’a tout pris »

Boubakar a 24 ans et une licence en sciences politiques. Il a même travaillé pour le gouvernement de son pays. Et de son pays et de son prénom, il préfère ne rien divulguer. Nous l’avons rencontré grâce à un ami à lui. Il travaille comme gardien et jardinier dans une maison. Il rêve de pouvoir poursuivre ses études. « Un master ou un doctorat mais ici à part maçon ou gardien, si tu n’as pas de papiers, tu ne peux rien espérer », explique-t-il.

Boubakar est arrivé il y a huit mois à Alger. Il se souvient : « Quand j’ai mis le pied à Alger, il était 5 heures du matin. J’avais très froid et je ne savais pas où aller. J’ai fini par prendre un taxi qui m’a indiqué où se trouvaient les migrants. Ce type est reparti avec la moitié de mon argent », affirme-t-il. Boubakar s’est retrouvé à la gare routière du Caroubier. Il y a dormi quelques jours, puis dans une mosquée, avant de finir dans son premier chantier…

« L’Algérie s’est imposée à moi. Au départ, je voulais aller en Tunisie. L’Algérie ne me disait rien et les informations que j’avais de ce pays n’étaient pas les meilleures. Pourtant, avec l’argent que j’avais sur moi, c’est la seule destination qui s’offrait à moi » confie-t-il. Boubakar n’a pas souffert de maltraitance. Pour lui, la violence est déjà dans le fait que « les plus basses besognes sont confiés aux noirs. Et puis, personne ne veut se lier réellement d’amitié avec des migrants. Même si les Algériens sont généreux, dès qu’ils n’ont plus besoin de toi, ils te jettent. J’ai tellement cherché à être ami avec les Algériens. Mais rien ». Boubakar regrette aussi que les gens dans la rue l’appellent « négro » ou par d’autres noms dont il ne comprend pas la signification…

 

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