Allemagne: des guinéens menacés d’expulsions à nouveau  

Les conséquences  de l’accord signé en 2018 entre la Guinée et l’Allemagne pour dit-on réglementer l’immigration clandestine entre les deux pays continuent d’impacter négativement la vie de la diaspora guinéenne de l’Allemagne. 

La signature de cet accord par l’ancien régime déchu d’Alpha Condé autorise les autorités de l’office de l’immigration allemande à rapatrier les citoyens guinéens déboutés dans leur procédure de demande d’asile tous azimuts, et de façon injuste et inhumaine. 

L’actuel ministre des affaires étrangères et des guinéens de l’étranger Dr Morissanda Kouyaté avait pourtant fait savoir lors d’une de ses tournées européennes en décembre 2023 que le régime militaire françafricain n’allait pas tolérer l’expulsion injustifiée et abusive des guinéens de l’étranger. 

L’expulsion des Guinéens toujours d’actualité 

Sur le terrain en Allemagne, l’expulsion des jeunes guinéens est toujours d’actualité. 

Car deux citoyens vivant en Allemagne ont été mis aux arrêts la semaine dernière à Francfort et à Hanovre. 

L’un des jeunes arrêtés du nom de Sangaré vit en Allemagne depuis six ans et il n’a, pendant ces six années, commis aucune infraction. Il travaille d’ailleurs depuis trois ans sans relâche. 

Ceci prouve que l’accord de rapatriement existant entre la Guinée et l’Allemagne qui devrait en réalité venir à terme cette année a été sans doute prorogé par l’actuel régime militaire françafricain de Guinée. 

Un accord pourtant au départ mal ficelé qui n’avantage pas le peuple de Guinée. 

Et la jeunesse guinéenne de l’Allemagne vit  depuis 2019 grâce à cet accord de rapatriement et l’engagement des nouvelles autorités de Conakry de faire respecter cet accord en violant donc le droit des citoyens guinéens au-delà des frontières guinéennes dans une situation d’insécurité et de traumatisme. 

Pendant ce temps, en Guinée c’est ni réactions, ni actions

L’État guinéen se livre à ce genre de pratiques depuis 2005 en Allemagne. Il signe sous pression des autorités allemandes, ces accords désavantageux à la Guinée dans l’espoir d’obtenir des fonds de l’État allemand destinés à remplir ses caisses noires. 

Et L’État guinéen ne se limite toujours pas à encaisser l’argent pour la signature d’un tel accord.

Mais il envoie aussi souvent une délégation en Allemagne pour identifier les guinéens dans les locaux de l’immigration allemande pour fin de déportation. La dernière délégation de l’État guinéen a quitté l’Allemagne en mars 2021. 

Cette délégation qui était composée de Mohamed Lamine Keita du ministère de la sécurité et de la protection civile et Mohamed Lamine M’mah Camara du ministère des affaires étrangères avaient même reçu un prix de la mairie de la ville d’Essen pour dit-on récompenser leur travail remarquable. 

Car elle a pu en six mois faciliter la déportation de plusieurs guinéens parfois même très malades. 

Selon le résultat de notre enquête, elle avait même délivré des titres de voyages de façon arbitraire, aléatoire et en violation grave des clauses de l’accord existant. 

Toujours selon notre enquête, cette délégation guinéenne pour le service rendu à l’État allemand, percevait une indemnité journalière de 100 euros par personne et pendant 6 mois. Le coût de leur hébergement et restauration s’élevait à 9.662 84 €. 

Le coût de leurs frais de voyage était estimé à 5.853,48 €. 

Ce qui démontre ici que le malheur des jeunes guinéens qui ont fui la Guinée par manque de perspective et d’avenir prometteur fait le bonheur de la classe dirigeante guinéenne qui n’éprouve que l’irrespect et mépris pour la diaspora guinéenne de l’Allemagne. 

Or la plupart des membres du gouvernement de transition de Mamady Doumbouya ont vécu en Europe et entretiennent d’ailleurs avec l’argent du contribuable guinéen leurs familles qui séjournent tout bonnement dans plusieurs pays de l’Union européenne. 

Cependant ils acceptent sur fond de démagogie, de slogans stériles, de pillage systématique de nos ressources naturelles, source de l’immigration environnementale, l’humiliation des citoyens guinéens à l’étranger. 

L’État allemand avec le concours des autorités guinéennes soutient par exemple la multinationale allemande du nom Aluminiumoxid Werke (AOS) sis à Stade en Basse- Saxe qui exploite les mines de Sangarédi depuis des années. 

L’Allemagne importe par an deux millions de tonnes de bauxite et sur ces deux millions 93% proviennent des mines de Sangarédi (Boké). 

Et celle-ci conformément au contrat d’exploitation des mines de Sangarédi signé avec le go de M Alpha Condé a tenté de faire déguerpir 12 villages dans la région de Boké de leurs terres.

Le premier village qui fut contraint de quitter les terres de leurs ancêtres pour que la multinationale allemande puisse librement exploiter la bauxite guinéenne était le village de Hamdanlaye dans Boké. 

Les villageois ont essayé avec l’aide des ONG allemandes de porter plainte déjà en 2019 contre leur déménagement forcé auprès de la banque mondiale. 

Paradoxalement, c’est dans cette région allemande où se trouve cette multinationale que vit le jeune guinéen Sangaré détenu dans la maison d’arrêt à Hanovre pour fin d’expulsion. 

Mais à qui la faute ? 

C’est bien évidemment celle de la classe gouvernante guinéenne qui refuse de faire du développement humain du progrès social et économique de la Guinée son objectif. 

C’est pourquoi ces jeunes guinéens pris aujourd’hui au piège entre la mauvaise gouvernance, la corruption qui nuisent à la transformation structurelle de l’économie guinéenne et à la politique migratoire européenne  injuste,inhumaine veulent aussi aller et revenir là où ils le désirent. Ils veulent une justice sociale en Europe qu’on leur prive en Afrique grâce à la complicité des États européens. 

La fin de la Psychose n’est pas en vue 

La fin de la psychose, du traumatisme et du désespoir de cet accord pour la diaspora guinéenne de l’Allemagne n’est toujours pas envisageable. 

Le gouvernement allemand, malgré l’amélioration des lois sur l’immigration, continue à travers sa politique actuelle à considérer la problématique de l’immigration des africains comme un drame ou une gêne.  Il refuse donc de faire preuve de solidarité, d’humanisme et de responsabilité face à ces jeunes gens qui fuient la misère, la dictature, le manque de perspective et d’avenir prometteur. 

Quant à l’État guinéen, soumis aux diktats des États occidentaux comme l’Allemagne où la confection d’un passeport et même d’une carte consulaire pour sa diaspora est toujours un luxe ne veut et ne peut pas inverser cette situation. 

Car cet État ne vit que des crises politiques permanentes, des slogans stériles, de la corruption organisée, de la médiocrité et de l’oppression donc incapable d’exercer ses fonctions régaliennes en protégeant l’intérêt de ses citoyens. 

Il prouve par là qu’un pet de lapin vaut plus que la vie d’un guinéen. 

La seule chose qui compte pour les nouvelles autorités guinéennes aussi: c’est l’intérêt du clan au pouvoir et la protection des intérêts des chancelleries occidentales. 

On a compris que lorsque l’actuel ministre des affaires étrangères et des guinéens de l’étranger disait que  « le rapatriement d’un guinéen de la France, de l’Allemagne conduira au rapatriement des citoyens de ces pays aussi » n’était juste qu’un slogan. 

Car il nous fait comprendre aujourd’hui que sa compréhension de la diplomatie signifie « maintenir les problèmes intacts le plus longtemps possible ».

Une évidence du moment où la Guinée malgré ses immenses ressources minières et énergétiques ne vit que de l’assistanat, de l’aide extérieure, du dirigisme avec une élite qui tend la main et attend dans la jouissance l’avis de l’extérieur. 

Espérons qu’avec l’aide de l’avocat engagé par l’ONG hambourgeoise Guinée-Solidaire-Organisation e.V, le jeune guinéen Sangaré pourra retrouver sa liberté. 

Aissatou Cherif Balde